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Tunisie : Nidaa Tounes à l’épreuve de l’exacerbation sociale

En Tunisie, l’apaisement des tensions lundi conduit les autorités à alléger le couvre-feu instauré vendredi en raison d’une vague de contestation sociale. 1.105 personnes ont été interpellées à la suite des manifestations dans tout le pays. Pour le pouvoir qui s’est hissé au pouvoir à la faveur de promesses sur l’amélioration des conditions de vie, il s’agit d’une épreuve sans précédent.

Le pays reste secoué par quelques manifestations mais rien à voir avec l’ampleur de la contestation qui a enflammé vendredi dernier le pays. A Sidi Bouzid (centre), où le vendeur ambulant Mohamed Bouazizi s’était immolé par le feu en décembre 2010, point de départ de la révolution, environ 300 chômeurs diplômés ont manifesté à la mi-journée, selon un correspondant de l’AFP.

Les premières manifestations ont débuté dans la ville de Kasserine après la mort d’un jeune chômeur le 16 janvier, qui s’est électrocuté alors qu’il protestait notamment contre le retrait de son nom d’une liste d’embauche dans la fonction publique. Ces troubles se sont ensuite propagés à de nombreuses autres régions du pays. Malgré les promesses d’amélioration des conditions de vie du gouvernement, la grogne sociale explose dans un contexte économique très difficile. Samedi, le Premier ministre Habib Essid, a présidé un conseil des ministres extraordinaire et s’est entretenu de la situation avec des responsables des partis pour tenter de calmer le jeu. Si la Tunisie est saluée dans le monde entier pour sa transition politique, le pays ne parvient pas à se sortir du marasme économique. Dans le viseur des manifestants : le pouvoir embourbé dans des querelles politiciennes et loin des préoccupations majeures de la population.

« Les tensions sont à un niveau inédit depuis la révolution mais il faut dire qu’au niveau social et économique, rien n’a changé depuis la révolution. Les efforts, les propos en terme d’emplois ou de réductions des inégalités n’ont pas été concrétisés. Les gens sont mécontents cinq ans après la révolution alors qu’une avancée aurait du être enregistrée. Au lieu de cela, le gouvernement est empêtré dans des histoires de succession à la tête du parti au pouvoir. L’actuel pouvoir est tenu responsable de la situation aujourd’hui. En novembre 2014, le parti Nidaa Tounes a fait des promesses lors de sa campagne électorale, des promesses liées à l’emploi, aux régions, à l’économie. Tout cela n’a pas été fait. Le président (Béji Caïd Essebsi) reproduit les pratiques de l’ancien régime en nommant son fils à la tête du parti, faisant ainsi abstraction du règlement de son parti. Non seulement il n’y a pas eu d’avancée depuis la révolution mais pour beaucoup on assiste à un retour au passé, » analyse Khadija Mohcen, enseignante et chercheur à l’université de Paris I, politologue et spécialiste du monde arabe.

L’économie du pays est en effet exsangue avec une croissance en berne (moins de 1% en 2015). Le taux de chômage dépasse 15% et atteint 30% parmi les diplômés. Ces chiffres sont encore supérieurs dans les régions défavorisées de l’intérieur. Par ailleurs, l’atmosphère sécuritaire a porté un coup sévère au tourisme encore marqué par les deux attentats revendiqués l’an dernier par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) au musée du Bardo et contre un hôtel de Sousse (60 morts au total dont 59 touristes étrangers). Le pays reste placé sous l’état d’urgence depuis l’attaque suicide du 24 novembre en plein Tunis contre la garde présidentielle (12 agents tués), également revendiquée par le groupe EI.

« Une situation qui devrait profiter aux ennemis de Nidaa Tounes, l’ancien président Moncef Marzouki ou encore une faction d’Ennahda. Il faut s’attendre à ce que la vague de contestation s’amplifie dans un contexte marqué par l’exacerbation » précise encore Khadija Mohcen.

La semaine dernière, près de 1.105 personnes ont été interpellées par la police à travers le pays et 114 agents de l’ordre ont été blessés dans les affrontements avec des manifestants durant les manifestations de protestation. Selon les autorités, 582 personnes sont impliquées dans des actes de saccage ayant accompagné les manifestations tandis que 523 autres ont été appréhendées pour violation des dispositions du couvre-feu. La mesure en vigueur jusqu’au 21 février pourrait être prorogée.

La rédaction

Image en une : @afp.com/MOHAMED KHALIL

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