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Togo : diaspora et pouvoirs publics, un début d’idylle à consolider

Ce n’est pas encore le parfait amour entre diaspora togolaise et pouvoirs publics au Togo. Mais une chose est certaine, depuis une décennie, une dynamique irréversible est en marche. Des concessions de part et d’autre sont en train de briser la glace de méfiance des Togolais expatriés envers les autorités togolaises. A telle enseigne que les transferts de fonds des Togolais de la diaspora vers leur terre d’origine sont en constante hausse.

Par Emmanuel-Gaël Gade à Lomé

Selon des chiffres fournis par la BCEAO (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest), les envois de fonds de la diaspora vers le Togo ont cumulé respectivement à plus de 141 milliards de Fcfa en 2009, plus 154 milliards de Fcfa en 2010, plus de 160 milliards en 2011, autour de 168 milliards de fcfa en 2011 et 2012, et plus de 187 milliards de Fcfa en 2013. Au-delà de l’évolution crescendo de ces montants, c’est leur part dans la création de la richesse au Togo ces dernières années qui crève l’écran.

Ces apports financiers de la diaspora contribuent «entre 9 et 10% à la formation du PIB togolais, et surtout sont de 3 à 6 fois supérieurs aux appuis budgétaires accordés au Togo par ses partenaires occidentaux ces cinq dernières années», met en exergue la Primature togolaise. Selon les mêmes sources officielles, ces transactions (qui échappent occasionnellement aux circuits classiques de transferts d’argent) rapportent annuellement au fisc togolais, en moyenne 15 milliards de Fcfa. «Le montant réel de ces rentrées migratoires en direction du Togo, en réalité, est nettement supérieur à celles enregistrées dans les circuits officiels», précisent plusieurs rapports de la BCEAO.

Repenser collégialement l’apport des Togolais de l’extérieur au PIB

 

Antoine Kossi Gbekobu, coordonnateur du «Programme Diaspora » (une initiative gouvernementale pour le recours aux compétences togolaises à l’étranger, lancée en 2009). @AFRIQUEINSIDE

Principal point noir sur ce tableau enjoliveur des relations diaspora-Etat togolais, une fois ces sommes colossales envoyées au Togo, elles n’y servent pas à des investissements productifs à même de tirer vers le haut la croissance moyenne de ce pays (qui s’établit à 5%).

«5 à 10% seulement de ces flux financiers sont voués à des investissements productifs. Le reste est majoritairement dirigé vers le secteur immobilier privé qui ne constitue pas malheureusement en ce moment une priorité pour l’économie locale», s’alarme Antoine Kossi Gbekobu, coordonnateur du «Programme Diaspora » (une initiative gouvernementale pour le recours aux compétences togolaises à l’étranger, lancée en 2009).

«Le Gouvernement togolais a un problème de compréhension de la problématique de la Diaspora, en choisissant une approche autocentrée sur lui-même. Le jour où l’approche sera fondée sur des bases de partenariat et d’indépendance avec un budget, peut-être que la Diaspora ne se limitera pas à réduire la pauvreté et l’insécurité alimentaire en augmentation au Togo», dénonce sur le sujet Yves Ekoué Amaïzo, consultant international en Management de projets, acteur actif de la diaspora togolaise résidant en Europe.

Un tir que veulent rectifier les autorités togolaises, à l’égard de leurs compatriotes de l’étranger (considérés comme la «6ème région économique du Togo»). Pour inciter tout potentiel investisseur privé comme les expatriés togolais à investir au Togo, une batterie de mesures incitatives ont été prises depuis 2006 par les autorités. Essentiellement en matière de création des entreprises et dans l’environnement fiscal.
«Le contribuable est dorénavant considéré au Togo comme un client, et l’impôt est perçu désormais comme non seulement une source de revenu et un instrument d’incitation à l’investissement», se félicite Kougbada Affo (chargé de des Etudes fiscales à l’OTR, Office togolais des recettes). Les dispositions fiscales en vigueur en République togolaise relèvent, en la matière, de l’harmonisation de l’UEMOA (Union économique regroupant 8 Etats ouest-africains).

«Le taux de pression fiscale dans l’UEMOA est de 17% contre 15% au Togo. Il est possible aujourd’hui de créer son entreprise en l’espace de 24h sur le territoire togolais, et les entreprises y sont exonérées de la taxe professionnelle pendant les 12 premiers mois de leur existence», renforce K. Affo.

Des améliorations loin de rasséréner les expatriés togolais qui continuent de pointer du doigt les faiblesses du système judiciaire local. «Le problème, c’est la corruption qui gangrène notre pays : aucun investisseur ne peut avoir raison face à l’administration et donc ne bénéficie d’aucune protection juridique. Cela est peu propice au désir d’investissement ; si le budget de notre pays n’est exécuté qu’à hauteur de 20 à 50% selon les secteurs, c’est bien parce que ministres et fonctionnaires d’autorité attendent leur bakchich avant tout engagement ; les services des douanes, de police, de gendarmerie, etc., sont des purs repoussoirs à investisseurs», indexe Kofi Yamgnane, ex Maire de Saint Coulitz (Bretagne, France), désormais acteur politique togolais.

«Il est surtout important que le Gouvernement rende visibles les opportunités d’investissement, c’est-à-dire créer un Forum d’échanges où les membres de la diaspora (qui ont de l’argent et le désir d’aider leur pays) pourraient rencontrer les jeunes Togolais sur place qui ont des idées ou des compétences, mais qui n’ont pas d’accès à l’argent ou aux débouchés étrangers», propose pour sa part François Locoh-Donou, CEO de «Cajou Espoir» (PMI locale spécialisée dans la transformation de la noix de cajou), basé lui-même à Washington (USA).

Et de plaider par la même occasion l’assouplissement des contraintes administratives en matière de financement des entreprises : «Il urge aussi de rendre plus claires les règles de rapatriement de fonds à l’étranger depuis le Togo. Aujourd’hui, quand on met de l’argent au Togo, on sait que c’est quasiment impossible de le refaire sortir, à moins d’avoir des tonnes de justifications. Il faut aussi qu’il y ait plus de produits financiers sur place».
«Depuis la mise en place du CFE (Centre de formalités des entreprises) en janvier 2006, 71% des entreprises nées au Togo via ce canal sont commerciales, plus de 20% sont orientées vers les industries et seulement un peu plus de 3% vers les services. Une densification des industries créées par la diaspora serait la bienvenue», explique Yao Sodjavi, cadre au CFE, en défendant les efforts fournis sur le plan administratif par l’Etat togolais.

Au-delà de la kyrielle de réformes mises en branle par le pouvoir central pour inciter un peu plus les membres de la «6ème région économique du Togo» à investir sur leur terre natale, ils demeurent nombreux à presque “conditionner” la densification de leurs investissements au Togo par l’octroi à eux du droit de vote.
«Il faut que la République togolaise prenne la mesure de la situation et fasse des efforts pour impliquer les investisseurs togolais de l’extérieur dans l’économie, en mettant à leurs dispositions les possibilités de participer aux différents projets et aux avis d’appel d’offres. On ne peut continuer par croire au Togo que c’est seulement une partie de la population qui peut bâtir le pays», corrobore Laurent Lawson, Togolais, Directeur de société résidant en Suède, Premier Secrétaire National du Parti Social Démocrate du Togo.

la SCAPE 2013-2017 dresse le cap à tenir

Sans accorder une place de choix à la diaspora, la SCAPE 2013-2017 (Stratégie de Croissance Accélérée et de Promotion de l’Emploi -feuille de route officielle du développement du pays-) reconnaît et énumère les efforts indispensables que la République du Togo devra produire pour exercer plus d’attrait sur ses expatriés.

«Selon une étude menée par la BCEAO en 2010, environ 855 milliards de Francs CFA ont été envoyés par la diaspora togolaise entre 2000 et 2010. Ces envois de fonds ont contribué à une augmentation du revenu disponible brut sur cette période de 1,2% à 8,9% (…) Cependant, les  ressources et potentialités de cette diaspora demeurent encore insuffisamment valorisées pour le pays, du fait de multiples contraintes. Comme la méconnaissance réelle des caractéristiques sociogéographiques,  socioprofessionnelles, socioéconomiques de cette diaspora; le manque d’organisation surtout du côté des migrants, en dehors des efforts des associations de ressortissants et des membres de confréries dans les pays d’accueil; la faible information des Togolais de l’extérieur sur les structures, les procédures ainsi que les opportunités d’affaires», révèle cette Stratégie. «Il est donc important que le Gouvernement aide à mettre en place les mécanismes permettant d’optimiser ces transferts de fonds», recommande vivement à ce titre, la SCAPE.

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