Afrique Inside Un média 100% numérique
You are here:  / International / Rétrospective 2013 : l’UA, un cinquantenaire à l’ épreuve

Rétrospective 2013 : l’UA, un cinquantenaire à l’ épreuve

Ainsi, le 25 mai dernier, les dirigeants des 54 Etats membres de l’Union africaine (UA) se sont réunis pour célébrer à Addis-Abeba le cinquantenaire de l’organisation née le 25 mai 1963 dans la capitale éthiopienne sous le nom d’OUA, organisation de l’unité africaine. Si l’OUA a remporté la bataille de l’ère post-décolonisation, la concrétisation de ses rêves est restée lettre morte. Ses principes et sa vision reposaient sur la non-ingérence et le panafricanisme. Parmi ses victoires, les indépendances ou encore la fin de l’apartheid. Mais un demi-siècle plus tard, le bilan est mitigé. L’Union Africaine a succédé à l’OUA le 9 juillet 2002. Un acte posé à Durban en Afrique du Sud en application de la déclaration de Syrte du 9 septembre 1999. Contrairement à sa petite sœur, l’UA se dote d’institutions: une commission, un parlement panafricain ou encore un conseil de paix et de sécurité. Reste que les objectifs de développement, d’unité politique, de paix et de sécurité sont loin d’être réalisés.

L’idée de sceller l’unité de l’Afrique si chère à Kwame Nkrumah relève désormais d’une utopie, de même que les Etats-Unis d’Afrique prônés par l’ex-guide libyen Mouammar Kadhafi. Désormais, l’Union africaine défend le concept d’intégration panafricaine à travers des organismes sous-régionaux mais s’est fendue également lors de son jubilé d’or d’un agenda continental pour les 50 prochaines années. Un document baptisé « agenda 2063 » qui devrait être adopté en juin 2014. Il y est question de définir un cadre de croissance pour le développement social et économique de l’Afrique, de réaffirmer l’identité et la renaissance africaine. Réunis à Addis-Abeba, les chefs d’état africains ont dénoncé dans un communiqué l’occupation illégale de l’archipel des Chagos, de l’île Comorienne de Mayotte, et ont réaffirmé le droit à l’autodétermination des peuples du Sahara Occidental. Une fois encore, il ne s’agit que de déclarations d’intentions. Difficile de dire si ces aspirations trouveront un écho d’ici 50 ans. De plus, les réalités du continent imposent d’autres priorités, la lutte contre le terrorisme et les rébellions.

La défense et la sécurité toujours en panne

Faute de moyens financiers, l’UA peine à construire une véritable architecture de défense et de sécurité. Le cas malien illustre parfaitement l’incapacité de certains états membres de l’UA à veiller sur leur intégrité territoriale. Le recours à une aide extérieure pour ne dire à l’ancien colonisateur est aujourd’hui indispensable. Ainsi au Mali, le 11 janvier 2013 à la demande des autorités de la transition d’alors, la France a lancé l’opération Serval pour combattre les djihadistes au nord. Certes, le Tchad a joué un rôle prépondérant sur le terrain mais que dire de la force africaine sous commandement de la CEDEAO (MISMA). Son lent et difficile déploiement témoignent de la nécessité de doter le continent d’une force d’intervention rapide.

Besoin d’une aide extérieure

Là encore, le projet est enlisé. La FAA (force africaine en attente) annoncée pour 2015 ne mobilise que très peu d’effectifs opérationnels. Pourtant le continent dispose d’armées puissantes en Afrique du Sud, au Sénégal, au Burundi, au Tchad, au Rwanda, en l’Algérie, et au Maroc. Pourquoi ne pas mobiliser ainsi l’élite de ces armées au sein d’une force panafricaine sous commandement de l’UA. L’idée est pourtant évoquée par de nombreux observateurs sur le continent mais c’est bien François Hollande le président français qui s’est proposé en décembre lors du sommet Afrique-France de mobiliser les moyens pour former une force d’intervention rapide africaine. Un sommet marqué par le décès d’une icône continentale et universelle Nelson Mandela mais aussi par le conflit en République Centrafricaine en proie aux violences.

Impuissants, l’Union africaine et la communauté des états d’Afrique centrale n’ont pas réussi à rétablir la stabilité politique et sécuritaire en RCA, forçant à nouveau la France à intervenir en Afrique dans le cadre de l’opération Sangaris sous couvert du feu vert onusien. Une fois encore, le président français a tenu à souligner ou à se « convaincre » lui-même que l’intervention se déroulait en concomitance avec les soldats africains déjà présents sur le terrain. La mission de sécurisation de la CEEAC (FOMAC) a en effet passé le relais à la MISCA, Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique sous conduite Africaine. L’objectif est de désarmer les milices chrétiennes et musulmanes à l’origine d’affrontements interconfessionnels. Une déception tant la confusion et la tension règnent au sein de cette force aujourd’hui décriée par les centrafricains eux-même. Les soldats tchadiens, dont les mérites et l’efficacité ont été vantés au Mali, sont pointés du doigt comme des malfrats par les contingents de la MISCA et la population. L’UA est sortie de ses gonds en soutenant l’armée tchadienne. Ismaïl Chergui, commissaire à la Paix et la Sécurité de l’Union Africaine a déclaré à Bangui que l’organisation « salue les actions » de l’armée tchadienne en Centrafrique. S’agit-il d’une prise de position unanime parmi les membres de l’organisation ? Rien n’est moins sûr car l’UA a souvent montré que parler d’une même voix n’était pas aisé, de même lorsqu’il s’agit de poser des actes concrets. Pour preuve en octobre, elle a tenu un sommet extraordinaire à Addis-Abeba afin de condamner l’acharnement présumé de la Cour Pénale internationale contre des dirigeants africains mais aucun des présidents du continent n’a retiré son pays du traité qui le lie à la CPI. Certains n’y ont même jamais songé.

Par Samantha Ramsamy

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked ( required )