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Rétrospective 2013: Le Mali en guerre

Alors que depuis mars 2012 le Mali est coupé en deux, avec au nord les djihadistes d’Al Qaida, d’Ansar Dine, du Mujao et les combattants du MNLA, deux événements vont pousser la communauté internationale à agir. La prise de Konna le 10 janvier dernier et le recul des troupes régulières maliennes viennent agiter le spectre d’une avancée des rebelles sur Bamako, la capitale. Le président par intérim Diouncounda Traoré demande alors de toute urgence l’aide à l’ONU, en sollicitant plus particulièrement la France. Dans la foulée le Conseil de sécurité se réunit pour répondre à la demande de la présidence malienne.

Sur la route entre Gao et Tessalit durant l'opération Serval (Crédits: Wikimedia Commons)

Sur la route entre Gao et Tessalit durant l’opération Serval (Crédits: Wikimedia Commons)

Le lendemain, le chef de l’Etat français, François Hollande, prend la parole lors d’une allocution télévisée, il annonce l’envoi immédiat de troupes au Mali pour, officiellement, soutenir les soldats africains déjà sur place. Dans les faits la France se retrouvera en première ligne. Quelques heures après, une très vaste offensive est lancée, l’opération Serval a débuté.

Cette opération a plusieurs objectifs affichés, à commencer par la restauration de l’intégrité du pays et l’organisation d’élections en réinstaurant l’Etat de droit. Il s’agit également, de manière implicite, d’empêcher les djihadistes de prendre un trop large contrôle de la région, d’autant que pas très loin du nord Mali se trouve le Niger et ses mines d’uranium, une ressource vitale pour l’Union européenne qui s’en sert pour ses centrales nucléaires. Alors que certains avaient prévu une bataille longue et périlleuse, la reconquête du territoire s’opère rapidement. Le 17 janvier, soit moins d’une semaine après les premières frappes, la ville de Konna est reprise. Puis ce sera au tour de Gao le 25 janvier, Tombouctou le 27, Ménaka le 28, Ansongo le 29 et Kidal le 30. La reprise progressive de la possession du territoire durera jusqu’à la fin mars.

Les djihadistes changent de stratégie

Mais si sur le terrain les troupes françaises et africaines progressent vite, les djihadistes ne sont pas tous partis et un certain nombre se fondent dans la population des villes. C’est une véritable chasse aux sorcières qui commence dans les localités qui étaient jusque là occupées par les groupes islamistes. Les personnes Touarègues ou Arabes, assimilées bien souvent aux anciens occupants sont prises pour cibles. De leurs côtés les membres du Mujao et d’Ansar Dine, encore sur place, changent de stratégie et lancent une campagne d’attentats, parfois kamikazes. Régulièrement, malgré la présence des troupes françaises et africaines, des attaques sporadiques ont lieu. C’est le cas notamment le 21 février lorsqu’une quarantaine de combattants du Mujao font une incursion à Gao.

Le Mujao, Ansar Dine et Aqmi ont quitté les zones habitées mais restent présents à certains endroits (Crédits: Wikimedia Commons)

Le Mujao, Ansar Dine et Aqmi ont quitté les zones habitées mais restent présents à certains endroits (Crédits: Wikimedia Commons)

Si à mesure que les semaines s’écoulent, les combats cessent, il n’en reste pas moins que près d’une année après le déclenchement de l’offensive, la situation est loin d’être aussi idyllique que l’avaient prévu Paris et Bamako. Le cas de la ville de Kidal continue à constituer un point problématique puisque l’autorité de l’Etat n’y a pas été restaurée et les attaques n’ont pas disparu. Des attentats ou des tentatives d’attentats émaillent encore la région. Le nombre de soldats français qui devait être réduit de façon significative à partir de juillet dernier n’a pas, pour le moment vraiment diminué. Ils seraient toujours au nombre de 4000. Alors que la Minusma, relais de la Misma, devait être portée à 12 000 hommes, pour le moment seulement 6 300 sont déployés sur le terrain, empêchant Paris de rapatrier ses troupes. La zone nord même officiellement éradiquée de ses djihadistes, reste très fragile et un départ trop rapide pourrait permettre un retour des terroristes.

Aujourd’hui le Mali à de nouveau un président élu démocratiquement et des institutions solides mais le nord du pays continue de poser problème. Le processus de réconciliation nationale promis par Ibrahim Boubacar Keïta, nouveau chef de l’Etat, n’a pas été enclenché alors qu’il constitue un préalable au retrait des différents contingents étrangers. L’armée malienne quant à elle, manque encore de formation et si sur la forme le Mali est sorti d’affaire, sur le fond tous les ingrédients qui avaient mené à la partition du pays sont encore présents.

Antoine Mokrane

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