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Ressusciter le couagga : un fantasme scientifique ?

Une ressemblance forte avec le zèbre qui aurait perdu une partie de ses rayures, le couagga s’est éteint il y a plus d’un siècle. L’animal disparu passionne depuis longtemps un petit carré de scientifiques qui ont aujourd’hui ressuscité l’espèce en Afrique du Sud, non sans polémique.

Le Quagga Breeding Project

Appelé aussi zèbre des plaines, le couagga vivait autrefois dans les plaines herbeuses des régions les plus sèches de l’Afrique Australe.On le distinguait par sa robe brune et rayée uniquement sur l’encolure et l’avant du corps. Certains scientifiques ont estimé que le couagga, en tant qu’espèce à part entière, a disparu corps et biens au même titre que le mammouth ou le tigre de Tasmanie, d’autres étaient persuadés qu’il s’agissait d’une sous-espèce du zèbre des plaines.

Il a fallu attendre les progrès de la génétique pour trancher cette question. Au début des années 1970, Rheinhold Rau, naturaliste sud-africain du muséum de Cap Town (Afrique du Sud), s’est pris de passion pour le couagga. Sur la peau, il découvre des fragments de tissus.

Une décennie plus tard, l’analyse ADN des mitochondries contenues dans les cellules, réalisée avec l’aide d’un généticien expert en équidé du zoo de San Diego (Californie), Oliver Rycler, démontre ce que Rau a toujours pressenti : le couagga est une sous-espèce. Le patrimoine génétique du couagga, les gênes responsables de la couleur brune et des rayures atténuées, sont bien présents, à l’état latent, chez les zèbres des plaines.

Rau prend alors la décision de faire revivre le couagga et lance en 1986 le Quagga Breeding Project (projet de multiplication des couaggas), sous l’égide du muséum du Cap. Il sillonne le parc d’Estosha, puis le Kwazulu-Natal, pour sélectionner neuf équidés parmi des milliers de zèbres. L’idée de ce projet est de recréer par sélections successives le couagga à partir de zèbres des plaines présentant moins de rayures sur les flancs.

Une résurrection critiquée

Mais pourquoi faire revivre cette espèce éteinte ? Certains diront qu’il s’agit là de réparer un dégât écologique.
En effet, considéré comme nuisible car en concurrence avec les espèces domestiques des pâturages, il est chassé pour sa peau et sa viande de manières intensive par les colons européens. Il est exterminé au XXIème siècle malgré la décision prise en 1886 d’en interdire la chasse.

La dernière représentante de l’espèce s’est éteinte dans le zoo d’Amsterdam en 1883. On n’a pas réalisé tout de suite que l’espèce était éteinte, notamment en raison de la confusion quant à l’utilisation du terme « couagga » pour n’importe quel zèbre. On s’est aperçu de cette distinction que de nombreuses années plus tard. L’espèce est aujourd’hui connue par 23 peaux naturalisées conservées dans différents musées du monde entier.
A partir de 2005 et après dix ans de sélection, le groupe de recherche obtient des animaux présentant des robes comparables à celles des couaggas. Au fil des croisements, le couagga l’emporte sur le zèbre, comme dans une sélection darwinienne à rebours.

Mais les polémiques vont bon train dans le monde scientifique, certains y voyant une opération de marketing et une interférence inutile avec la nature. La base conceptuelle du projet est fortement critiquée : un zèbre des plaines ressemblant au couagga n’est pas forcément un couagga. Afin d’apaiser le débat, ces nouveaux animaux furent nommer les « quaggas de Rau ». On pourrait ainsi les distinguer de leurs ancêtres disparus.

Pourtant lorsque l’on visite la réserve privée de l’Elandsberg et que les troupeaux traversent la vallée de Riebeek, à deux heures du Cap, les visiteurs peuvent entendre leur guide les énumérer ainsi : «… et voici les couaggas… ».

La rédaction

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