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Maurice : les secrets d’un nouveau souffle économique – Entretien avec Gérard Sanspeur

A Maurice, Gérard Sanspeur dans le viseur des médias locaux. En cause son salaire jugé trop élevé, un peu plus de 13.000 euros pour les postes de conseiller principal du Premier ministre, de président du Board of Investment (BoI), du Landscope, et de la Financial Services Promotion Agency (FSPA). Un salaire loin d’être choquant au regard de standards internationaux, du CV prestigieux et de la solide expérience africaine de M. Sanspeur. Ce dernier répond sans détour sur cette polémique et sur les enjeux de la croissance mauricienne.

Entretien recueillis par H. Seepaul 

Afrique Inside : Quelle lecture faites-vous de la manière dont les journalistes ont traité cette information ?

C’est certes avec le recul que nous pouvons mieux appréhender les choses. A Maurice comme ailleurs, la presse joue sur le goût du public pour le sensationnel. Il était certes dans les prérogatives des journalistes de publier mon salaire après qu’il ait été dévoilé au parlement. Par contre dans un souci de professionnalisme, ils auraient pu éclairer le lecteur en analysant en même temps les faits de manière objective et contextualisée. Pour être tout à fait honnête seulement une infime minorité est allée dans ce sens. Il est important aussi de faire ressortir que les salaires de ceux dont la profession gravite autour du monde des affaires (banquier, comptable, économiste) peuvent effectivement choquer la majorité des gens. Cependant aussi cynique que cela puisse paraître, les rémunérations sont plus élevées dans ce secteur que d’autres parce que c’est là que les profits sont générés et permettent à l’économie de croître.

Cependant et il est important de le faire ressortir – c’est aussi un secteur où vous êtes sur un siège éjectable – le couperet tombe vite face à l’improductivité et l’incompétence. Les employeurs ne sont disposés à payer que quand les résultats sont là ; ce qui demande énormément d’investissement de la part de l’employé. Les salaires supérieurs  à MUR 500 000 représentent donc la récompense pour le sacrifice, le travail acharné, l’expérience et l’acquisition continuelle des compétences pointues. D’ailleurs, si nous voulons que l’île Maurice devienne un pays à revenus élevés, il est essentiel d’attirer les meilleures compétences possibles à travers des salaires alléchants. Une rémunération insuffisante pourrait au contraire coûter davantage en vous faisant perdre vos meilleurs employés. Les patrons évoluant dans des secteurs où certains talents sont rares notamment dans le secteur informatique en sont parfaitement conscients – pour lutter contre le débauchage, ils doivent offrir des salaires et des conditions de travail de plus en plus attractifs. Ce n’est que comme cela qu’ils peuvent rester dans la course.

Afrique Inside : Monsieur Sanspeur, vos détracteurs insinuent que vous êtes payé de l’argent public… trop grassement d’ailleurs. Les contribuables en ont-ils pour leur argent ?

Je suis avant tout un professionnel soucieux de répondre aux attentes de mon employeur, parfaitement conscient que je dois prouver que je mérite mon salaire. La raison pour laquelle j’ai accepté la proposition de ce gouvernement est que je pense sincèrement que j’ai les compétences nécessaires pour mener à bien ma mission. Lors de mon passage à la Banque Mondiale, j’ai toujours gardé en tête que l’avenir de nombreux Africains était en partie entre mes mains. Maintenant qu’il s’agit du sort de mes compatriotes, c’est une évidence pour moi que je ne dois rien laisser au hasard. Croyez-vous que j’aurais pu trouver le sommeil le soir avec des projets engrangeant des milliards, si je n’étais pas convaincu de pouvoir mener à bon port le travail pour lequel je suis payé ? C’est aussi justement parce que je sais qu’il s’agit de fonds publics que mon équipe et moi avons pu tout mettre en œuvre pour réaliser une économie de 16 millions par an grâce à la fusion de six entités, devenus Landscope. Nous y reviendrons. Permettez-moi de clore ce chapitre en insistant toutefois sur ceci – le fait que mon salaire provienne de fonds publics est pour moi une motivation supplémentaire – je n’ai pas le droit d’échouer. De plus je sais qu’on m’attend au tournant…

« Je préside la FSPA depuis février 2017. Je n’ai jamais demandé à être président de ces organisations. »

Afrique Inside : Certains professionnels tout en reconnaissant votre intégrité et votre professionnalisme semblent remettre en question vos aptitudes à cumuler autant de responsabilités ? Qu’avez-vous à y redire ?

Je pense qu’il y a une mauvaise interprétation de mes attributions et de mes responsabilités et il est important d’apporter quelques précisions.  Je suis conseiller principal du ministère des Finances et du Développement Economique à plein temps depuis janvier 2017. Avant cela, je travaillais à temps partiel. Je suis également président du BOI depuis mars 2015, de Landscope Mauritius depuis juin 2016, y compris ses filiales. Par ailleurs, je préside la FSPA depuis février 2017. Je n’ai jamais demandé à être président de ces organisations. Je crois que je suis là parce que, peut-être, le gouvernement reconnaît que je suis compétent pour diriger ces organisations afin d’atteindre les objectifs fixés. De plus, si je préside plusieurs comités, c’est parce que toutes ces entités ont un lien entre elles. J’agis de ce fait un peu comme une passerelle. Grâce à cela, on arrive à réduire les dépenses de fonctionnement, à accroître la productivité et éviter les charges administratives. Pour savoir si je peux faire face à la charge de travail, je vous invite à voir comment fonctionnent les présidents des grands conglomérats. Ils sont exactement dans la même situation. Vous les trouverez dans plusieurs conseils d’administration et sous-comités des holdings ainsi que des filiales, et parfois aussi dans des postes de CEO. Comment peuvent-ils gérer cela ?

Je ne détiens aucun poste de direction au BOI, à la FSPA ou chez Landscope Mauritius. En tant que président des conseils d’administration et, de concert avec mes collègues administrateurs, nous fixons les stratégies et les objectifs des organisations. Nous ne sommes pas impliqués dans la gestion de ces organisations, ni dans la conduite de leurs activités quotidiennes. Mais notre rôle est de surveiller la performance de ces organisations. Notre responsabilité est également de préconiser des changements de politique au gouvernement. Cependant, vous devez obtenir le soutien et l’engagement de la direction et je dois avouer que je suis fier de l’avoir obtenu.

Afrique Inside :  Malgré le fait que lentement mais sûrement, la reprise pointe le bout du nez, malgré la bonne réputation dont jouit le pays à l’international, on sent un certain regard négatif par rapport à l’action des pouvoirs publics. A quoi attribuez-vous cela ?

En effet, Maurice a une très bonne réputation à l’échelle internationale, qu’il s’agisse de sa stabilité, de son développement économique ou de sa résilience face aux conditions défavorables. Les faits ne peuvent être niés : la croissance annuelle du PIB augmente, l’IDE a augmenté, le chômage diminue, le tourisme augmente. Tout cela n’est pas le résultat de simples coïncidences. Ce sont les résultats des stratégies adoptées par le pays. Cependant, nous devons également considérer que l’économie mondiale est de plus en plus dynamique, et nous ne pouvons pas nous permettre d’être complaisants. L’île Maurice doit réagir de manière proactive aux conditions économiques changeantes. Ainsi avec le Brexit, nous ne pouvons nous permettre de faire dans l’approximation. Nous devons être constamment sur la brèche. Pour être passés par des crises successives – alimentaires, financières, le chômage, les populations vivent avec un certain sentiment d’insécurité, voyant surtout le côté négatif des choses. Partout dans le monde d’ailleurs, la crise de confiance frappe le monde politique. L’élection de Trump aux Etats-Unis en est un exemple flagrant. Les partis politiques traditionnels en Europe aussi vacillent.

Afrique Inside : Cela n’est-il pas lié à l’inquiétude de ces populations, qui ne croient plus en la capacité de leurs politiques de trouver une solution à l’instabilité inhérente dans la sphère économique ?

Cependant, il ne faut pas succomber aux sirènes du défaitisme – nous y perdrions notre résilience sans même nous en rendre compte. Cependant par rapport à cette négativité ambiante qui fait l’impasse sur le bon côté de notre économie, qu’une certaine presse ne joue pas le jeu. Tous les efforts de ce gouvernement, même les plus audacieux sont soumis à des critiques irrationnelles. Je profite cependant ici pour saluer le travail de certains journalistes qui savent respecter à la fois l’évènement et le public. Contrairement à d’autres qui sévissent dans notre presse dite indépendante depuis plus de trois décennies et qui se caractérisent par une malhonnêteté intellectuelle effarante – directeurs de conscience, ils représentent souvent une véritable insulte à l’intelligence, travestissant les faits au gré du changement de cap de leur « patron ». Tout en jouant leur rôle de chien de garde et de contre-pouvoir, il serait souhaitable pour le bien du pays que nos médias soient notre allié dans la lutte pour la transformation économique et sociale de notre pays.

Afrique Inside : Monsieur Sanspeur, avez-vous une marque de fabrique spécifique en tant que gestionnaire du public? Sur quoi misez-vous pour mener à bien votre mission ?

J’essaie dans la mesure du possible d’apporter du sang neuf au sein de l’action gouvernementale en misant notamment sur les stratégies suivantes afin d’atteindre les objectifs fixés:

Une démarche participative. Je suis avant tout un homme de dialogue convaincu de la nécessité de stimuler la participation, que ce soit avec le public, les employés du secteur public et paraétatique et les opérateurs du privé.

Ainsi pour la première fois, la population a été invitée à suggérer des mesures budgétaires. Il faudrait souligner que certaines ont été prises en compte dans le budget 2016-2017

Nous avons organisé un atelier, probablement le premier de ce genre à Maurice en vue du projet gouvernemental d’une nouvelle ville à Côte D’or où les professionnels, les ONG et les citoyens ont partagé leurs points de vue. Cet exercice s’est révélé enrichissant à plus d’un titre.

La FSPA a récemment organisé des rencontres consultatives avec les opérateurs du secteur ainsi qu’avec des organismes étatiques et para-étatiques pour améliorer notre offre et faire en sorte de mieux répondre aux attentes des acteurs du secteur financier.

Une diversification des investissements. Bien que l’investissement étranger direct soit encore majoritairement dominé  par le secteur de l’immobilier, le conseil d’investissement  a mis de nouvelles stratégies en chantier afin de diversifier davantage les investissements directs étrangers dans les secteurs nouveaux et émergents.

La FSPA par ailleurs s’est engagé activement dans la diversification des offres de produits du « Mauritian International Financial Center », ainsi que dans la diversification des marchés. Nous nous devons cependant de continuer à réfléchir ensemble sur les questions relatives liées au développement et la diversification de la plateforme financière à Maurice.

Des réformes du service public. Landsope Mauritius est le résultat d’un des nombreux axes de réformes du secteur public annoncés par le gouvernement lors du dernier exercice budgétaire. Six grandes entreprises ont été regroupées sous une seule entité. C’est, valeur du jour, la seule fusion qui a été réalisée parmi les sept annoncées lors du dernier budget. Non seulement cette fusion a-et-elle été effectuée sans recourir à des consultants externes, mais elle a aussi entraîné des économies en termes de charges administratives  étant donné qu’on a pu se passer des services de plusieurs membres des différents conseils.

« L’île Maurice est déjà un point d’accès incontournable vers l’Afrique. Environ USD 20 milliards de financement en capitaux propres transitent au travers de l’île Maurice vers l’Afrique, représentant plus de 25% des flux totaux sur le continent. » 

La réorganisation des différentes entités nous permet de rationaliser les efforts sur les campagnes de promotions mondiales. Une approche concertée est cruciale pour la stratégie de développement économique d’un pays, aussi le BOI et la FSPA réajustent progressivement des stratégies qui étaient précédemment divergentes pour se tourner dans la même direction. Il était vraiment primordial pour l’image de marque  du pays d’avoir un leadership de ralliement unique pour éviter les doublons au niveau des efforts promotionnels. Je suis vraiment heureux qu’avec mon équipe nous ayons pu réduire ainsi le gaspillage de ressources financières limitées tout en mettant en avant un message plus cohérent à propos de l’Ile Maurice en tant que lieu d’affaire et d’investissement.

Le suivi des projets. Par rapport au budget 2016/2017, il était essentiel que les mesures budgétaires ne soient pas que de simples annonces. Que les mesures annoncées soient effectivement  mises a œuvre et se traduisent en résultats significatifs pour le gouvernement, les investisseurs et les Mauriciens est une condition sine qua non de notre crédibilité. Nous avons mis en place avec succès d’ailleurs une structure incluant des ministres, des techniciens issus des différents ministères ainsi que des acteurs du secteur privé. Cette structure a suivi de près les progrès réalisés en matière de mise en œuvre des mesures.

Dans le même souci de rendre des comptes au public en général, nous avons introduit une certaine rigueur au sein de l’organisation parapublique qu’est la FSPA. Par exemple, il est à déplorer que la FSPA n’avait jusqu’ici jamais publié de rapport annuel, ce qui est contraire aux principes même de la bonne gouvernance. Nous avons ainsi pris des mesures concrètes à court terme pour corriger certaines pratiques allant à l’encontre de la bonne gouvernance au sein de l’organisation.

Une stratégie numérique. Avoir une stratégie numérique est vitale pour atteindre nos objectifs. De ce fait, une plateforme numérique et interactive, s’appuyant sur les dernières technologies et des réseaux sociaux a été conçue en vue de mener à bien une approche consultative budgétaire.

Nous avons aussi intégré les systèmes informatiques de cinq organisations différentes et avons conçu un nouveau système d’information et de gestion.

Pour conclure ce volet, je dirai que je suis un pragmatique qui est convaincu de la nécessité d’optimiser les ressources existantes pour que le contribuable et le gouvernement soient gagnants. Je pense que nous avons davantage de chances d’atteindre nos objectifs si nous arrivons à développer des synergies permettant de mieux positionner la plateforme mauricienne-déjà on voit que cela commence à porter ses fruits. Le BOI, à travers le  « Africa Centre of Excellence », a pu collaborer avec la FSPA, avec l’appui du bureau du BOI en Afrique du Sud, pour monter une campagne promotionnelle au Mozambique auprès d’investisseurs portugais.

Afrique Inside : Pourriez-vous faire un constat de la situation actuelle de Maurice par rapport à l’Afrique en ce qu’il s’agit de l’investissement ?
L’île Maurice est déjà un point d’accès incontournable vers l’Afrique. Environ USD 20 milliards de financement en capitaux propres transitent au travers de l’île Maurice vers l’Afrique, représentant plus de 25% des flux totaux sur le continent. Pour un pays de notre taille, le financement de projets d’infrastructure et d’affaires sur le continent Africain est important. Cela reflète la réputation de l’environnement stable que nous offrons aux entreprises. Nous sommes classés premiers en Afrique dans divers classements internationaux, y compris le Doing Business de la Banque mondiale, le Global Competitiveness Index et le Heritage Foundation’s Index entre autres.  L’indice Mo Ibrahim de la gouvernance africaine nous place également au premier rang sur le continent.

Cela nous a permis de construire notre MIFC, qui nous positionne comme une plate-forme privilégiée pour que les entreprises structurant leurs investissements en Afrique. Nous leur offrons de créer leur siège régional à Maurice et de gérer leurs activités régionales dans une juridiction sûre.

Nous renforçons constamment ces liens au travers de commissions communes qui permettront à Maurice de développer des axes de commerce et d’investissement tout en adoptant les mêmes valeurs économiques, sociales et politiques. En outre, les zones économiques spéciales que nous allons créer sont dans des pays sûrs. Nous développons des liens avec le Ghana, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Kenya, entre autres. Ce sont des pays connus pour leurs stabilité et leur convivialité vis-à-vis des entreprises. Nous nous efforçons également d’améliorer la connectivité en vue de l’implantation d’autres entreprises. Nous sommes convaincus que nous avons tous les moyens de faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés.

Afrique Inside : Selon vous, l’avenir économique de l’île Maurice, serait-il vraiment lié à celui de l’Afrique ? Quelles sont les plus récentes initiatives entreprises par l’île Maurice pour davantage resserrer les liens économique avec le continent africain ?

Presque 40 ans de cela nous avons rejoint l’Union Africaine et le groupe des pays ACP. Sans ces adhésions, nous n’aurions pas pu bénéficier d’un accès préférentiel au marché africain. Cependant, certains persistent pour des raisons idéologiques obscures à nier que nous faisons partie du continent africain. Nous devons mettre fin à ce comportement infantile car plus jamais notre sort est lié à l’Afrique. Nous croyons fermement que la croissance du continent nous aidera à atteindre l’objectif de réaliser un revenu par habitant de USD 20 000 d’ici 2025. Nous avons la capacité d’exporter nos services en Afrique aujourd’hui et notre expertise en TIC, services financiers, conseils juridiques, entre autres, peuvent aider au développement des activités dans les pays africains tout en garantissant que l’île Maurice élargisse sa portée économique.

L’île Maurice a déjà tissé un réseau de traités, comprenant 23 accords portant sur la promotion et la protection des investissements (IPPA) qui ont déjà été ratifiés, en sus des 20 accords de non double imposition (DTAA) avec des États africains. Les relations diplomatiques entre l’île Maurice et les états africains ont été enrichissantes, étant donné qu’il existe actuellement 117 sociétés mauriciennes dans 24 pays d’Afrique.

« Il est important de comprendre que le projet Metro Express n’est pas simplement un projet de décongestion de la route, comme certains ont tendance à croire ou à faire croire »

Le BOI quant à lui a signé, à lui seul, 31 protocoles d’accord avec des pays africains pour plus de collaboration entre les API en termes de partage d’information, d’opportunités d’investissement et de politiques d’investissement qui intéresseront la communauté des affaires. Le BOI a aussi ouvert un bureau en Afrique du Sud. À mesure que le mouvement prend de l’ampleur, le gouvernement lance de nouvelles initiatives, à l’instar du couloir aérien Asie-Afrique.  Des accords entre le gouvernement mauricien et celui du Sénégal, du Ghana et de Madagascar ont été signés pour développer des zones économiques spéciales dans ces pays. Finalement, en vue de stimuler davantage les relations économiques avec d’autres pays, le gouvernement négocie actuellement la création de commissions mixtes avec certains territoires et pays, à savoir La Réunion, l’Afrique du Sud, le Kenya et l’Éthiopie.

Afrique Inside : Parmi les grands projets qui font grand bruit sur l’île et qui suscitent l’intérêt des investisseurs internationaux et aussi des craintes parmi les habitants, le Métro Express, quels en sont les enjeux ?

Il est regrettable de voir qu’un projet d’une telle importance soit réduit à un simple débat politique, alors que la nécessité d’avoir un mode de transport alternatif n’est pas récente. Il est important de comprendre que le projet Metro Express n’est pas simplement un projet de décongestion de la route, comme certains ont tendance à croire ou à faire croire. C’est un projet qui a été repensé dans son intégralité et, aujourd’hui, conceptualisé comme un important projet de développement économique. Il a, à sa source, le concept de développement orienté vers le transport en commun (TOD). Soit dit en passant, ce n’est pas innocent si vous dites que le projet suscite l’attention des investisseurs internationaux. Dans les grandes villes du monde, le concept de TSD a été un vecteur majeur du développement économique. Il est tout à fait naturel, chaque fois qu’il y a un projet de cette nature et de cette taille, que les gens expriment leurs préoccupations. Mais, au lieu de dissiper leurs préoccupations, ces dernières sont nourries par des arguments sans fondement. Le Metro Express, ouvre la voie à divers développements nodaux ; Le long des stations par exemple. C’est le cas dans d’autres pays et les opportunités d’affaires en termes d’évolution commerciale, de vente au détail entre autres sont énormes. Il est encore une fois question ici du traitement de l’information.

C’est un exemple limpide de la façon dont les gens sont amenés à voir une image sombre et négative d’un projet tout en occultant les avantages et les améliorations que les gens constateront dans leurs vies quotidiennes. J’ai fait face au même problème lorsque j’ai donné mon opinion sur un projet important qui allait être développé. Mon évaluation portait davantage sur la manière peu professionnelle avec laquelle le projet était conceptualisé et sur les problèmes qui n’étaient pas pris en considération. Vous connaissez probablement le projet auquel je me réfère.

Malheureusement, l’accent a été mis sur un seul aspect qui a été négligé par les consultants et les séries d’articles qui ont suivi n’ont vu  que ce seul aspect. Maurice doit passer à la vitesse supérieure. Je connais beaucoup de personnes qui attendent que le projet se matérialise. En effet, si nous n’avions pas les autoroutes développées, l’île Maurice aurait-elle pu aspirer à ce qu’elle est aujourd’hui ? Il est fort possible que les mêmes types de questions aient été posées à cette époque.

Afrique Inside : Est-ce que tout le monde y aura accès, une crainte demeure sur le coût du trajet ?

Sur ce point, je peux me fier à une réponse du ministre des Infrastructures publiques à une question parlementaire. Il y était mentionné que le tarif de Metro Express serait le même que celui des autobus. Si tel est le cas, je peux facilement dire que tout le monde y aura accès. Cela revient à ce que je vous disais précédemment. Ne regardez pas le Metro Express simplement comme un projet de transport, cela va bien au-delà.

Afrique Inside : L’île Maurice table sur une croissance de 3,8% en 2017 (Institut des statistiques) contre 3,5% en 2016, quelles sont les secteurs qui porteront cette hausse ?

La croissance en 2017 sera portée par les secteurs émergents, notamment les TIC et les services financiers. Ces secteurs sont en pleine expansion et cette progression reflète la volonté du Gouvernement de compléter la transformation structurelle de l’économie vers les services.

Le tourisme tire son épingle du jeu et l’institut des statistiques estime une arrivée touristique record en 2017, avec 1 340 000 visiteurs. Cela engendrera une croissance de l’ordre de 4,1%. La construction connaîtra une reprise après plusieurs années de décroissance, notamment avec la concrétisation de plusieurs projets privés et publiques.

Le BOI mise aussi sur une croissance des IDE, que ce soit dans les Smart Cities ou dans d’autres secteurs dits productifs, par exemple le secteur manufacturier, l’aquaculture et surtout la biotechnologie qui connaît un essor intéressant.

Finalement, le prochain budget comportera plusieurs mesures qui contribueront à améliorer la compétitivité de nos entreprises et à inciter l’investissement dans les nouvelles technologies. Cela favorisera certainement l’exportation tout en annulant les effets néfastes d’événements extérieurs tels que le Brexit.

Afrique Inside : Monsieur Sanspeur, votre bilan parle pour vous. Cependant, ceux qui vous lisent n’auraient-ils pas des raisons légitimes de penser que ce Ministère dont d’ailleurs vous êtes le conseiller spécial, a une vision technocratique du monde ?

Partout dans le monde le discours contre les élites est devenu le maître mot de la contestation contemporaine. Tous les gouvernements du monde savent ce qu’il leur en coûte de ne pas s’attaquer aux problèmes de pauvreté. Je tiens à rappeler qu’une des stratégies phares du budget 2016/2017 était de s’attaquer aux causes de la pauvreté et à améliorer la qualité de vie de la population. A travers l’éducation, la protection sociale, la formation, les PME, le gouvernement essaie de donner les outils à tout un chacun afin qu’il puisse se construire une vie digne. Même si je suis assez honnête pour reconnaître qu’il y a encore beaucoup à faire en ce qu’il s’agit de l’égalité de chances, je tiens à dire haut et fort qu’il serait injuste d’ignorer les efforts de ce gouvernement pour accompagner les moins privilégiés de la société. Il n’est dans l’intérêt de personne que certains citoyens se sentent des laissés pour compte. Ce gouvernement en est très conscient, mais on ne peut s’attendre à voir se résoudre en deux années des problèmes engendrés en plusieurs décennies de mauvaise administration. Quant à moi, qui me considère comme privilégié, dans mon univers professionnel comme dans la sphère privée, je suis un homme d’action qui s’évertue à mieux comprendre la souffrance d’autrui afin d’essayer d’y remédier : « Je suis homme : rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

 

CV de Gérard Sanspeur

*Mauritius Chamber of Commerce and Industry (1987 to 1989)
*Trade Promotion Adviser for the International Trade Centre (UNCTAD/ GATT), based at the PTA Secretariat Lusaka, Zambia.
*Director General of the Mauritius Freeport Authority (MFA).
*SOUTH SUDAN: Lead consultant for the organization of the first South Sudan Investment Conference which attracted 700 foreign investors
*MADAGASCAR: Preparation and drafting of the Investment Code, Development of a Special Economic Zone at Fort Dauphin.
*UGANDA: Development of a Special Economic Zone together with institutional strengthening of the Uganda Investment Authority.
*BOTSWANA : Facilitation of the merger of two IPAs into the Botswana Investment and Trade Centre (BITC) , Strategic planning and visioning for BITC , Top Executive Staff recruitment of COO and top management for BITC , preparation of a six-months plan for BITC
*ENOVA CONSULT LTD (October 2011 to date) Managing Director of Enova Consult Ltd, a consultancy firm specialising in the provision of consultancy services for Free Trade Zones (FTZ) and Special Economic Zones (SEZ)
Managing Director of Currimjee Jeewanjee Investments Ltd

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