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Maroc-France : l’homme à l’origine d’une brouille diplomatique en procès à Paris

Son dossier est à l’origine d’une brouille diplomatique entre Paris et Rabat: le boxeur Zakaria Moumni, qui a porté plainte en France pour torture contre le patron du contre-espionnage marocain, a comparu vendredi en correctionnelle, poursuivi en diffamation par les autorités marocaines.

La justice française a été saisie de plaintes mettant en cause le patron du contre-espionnage (DGST) Abdellatif Hammouchi ou émanant des autorités marocaines, notamment pour dénonciations calomnieuses, mais c’est la première fois qu’un dossier arrive au tribunal.

Les propos attaqués par le Maroc ont été prononcés par Zakaria Moumni en marge de la manifestation du 11 janvier 2015 après les attentats de Paris. L’homme avait dénoncé sur les chaînes iTélé et BFMTV la présence dans la capitale de représentants du Maroc, estimant qu’ils n’y avaient « pas leur place ». Il avait réaffirmé avoir été « enlevé, séquestré et torturé » au Maroc, mettant à nouveau en cause le patron du contre-espionnage de Rabat.

Plusieurs autres plaintes contre M. Hammouchi avaient à la même époque entraîné une grave crise diplomatique entre Paris et Rabat, quand des policiers français s’étaient rendus à la résidence de l’ambassadeur du Maroc pour notifier au patron de la DGST une convocation d’un juge d’instruction. Paris et Rabat ont mis fin en 2015 à cette crise et repris leur coopération judiciaire.

La question des tortures subies ou non par M. Moumni a donc été vendredi au centre des débats du tribunal devant lequel l’ancien boxeur a livré sa version des faits.

L’homme, qui se présente comme un ex-champion du monde de kickboxing, raconte avoir cherché à plusieurs reprises à rencontrer le roi du Maroc pour obtenir ce qu’il pensait devoir lui revenir du fait de ses victoires sportives, un poste de conseiller sportif, et dénoncer la « corruption » de membres de sa fédération.

– ‘Une démolition en règle’ –

Une insistance qui lui aurait valu, selon ses dires, d’être enlevé à l’aéroport de Rabat en septembre 2010 par des agents de la DGST, emmené à son siège où il dit avoir été torturé pendant quatre jours.

Moumni raconte avoir été mis nu, frappé avec une barre de fer et électrocuté. Il affirme avoir aperçu un homme, présenté comme « le chef » et qu’il dit avoir reconnu trois mois plus tard à la télévision comme étant Abdellatif Hammouchi.

Il sera finalement condamné dans une affaire d’escroquerie après un procès qualifié d' »inéquitable » par Human Right Watch puis libéré après 18 mois de détention et une grâce royale.

« On est ici dans une situation ubuesque où le Maroc vient poursuivre mon client parce qu’il ose dire qu’il a été torturé », a dénoncé son avocat Me Patrick Baudouin.

« Il n’est pas question que le royaume du Maroc se laisse salir », a réagi Ralph Boussier, avocat de Rabat. « Et on a les éléments qui prouvent qu’il est soit un affabulateur, soit un escroc intellectuel », a-t-il ajouté.

L’avocat a livré au tribunal, en exclusivité, la réponse du Maroc à la justice française sur la plainte déposée par Moumni contre Hammouchi.

Au terme d’une enquête préliminaire où il jugeait les faits suffisamment sérieux pour justifier une « dénonciation officielle », le parquet de Paris avait renvoyé le dossier à la justice marocaine, n’étant pas en mesure d’entendre les protagonistes.

« Le parquet général de Rabat conclut dans le sens inverse de Paris. C’est une démolition en règle de votre thèse », a constaté la présidente pour qui, selon la justice marocaine qui conclut au classement sans suite, « il n’y a pas eu de mauvais traitements ».

« Ce document présenté in extremis est une preuve de plus de la manipulation d’une justice marocaine qui n’est pas indépendante », a plaidé Me Baudouin.

La procureure a estimé qu’aucune des parties n’avait apporté de preuves permettant de dégager une vérité mais a accordé la bonne foi à M. Moumni. Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 9 juin.

AFP

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