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Maroc-Algérie : frontière commune, l’espoir d’une réouverture ?

Vingt ans après sa fermeture, la frontière commune entre le Maroc et l’Algérie n’est toujours pas rouverte. Une situation préjudiciable pour les deux États qui se contentent, pour l’instant, de s’accuser mutuellement d’empêcher le retour à la normale. Le statu quo dure depuis deux décennies.

Toujours aucun signe d’apaisement entre Rabat et Alger. Déjà surveillée par plusieurs milliers de soldats marocains et de patrouilles pédestres, la frontière terrestre séparant l’Algérie et le Maroc devrait être davantage militarisée. Une promesse marocaine. L’inspecteur général des Forces armées royales et commandant de la Zone sud, le Général Bouchaïb Arroub a ordonné le renforcement de la présence militaire au niveau des postes frontaliers avec l’Algérie. En effet, on dénombre l’installation de radars de détection électronique supplémentaires et la création de nouveaux postes-frontières entre le Maroc et l’Algérie.

Un contentieux non résolu, celui du Sahara occidental, divise ces deux États. Mais, outre le fait que l’Algérie n’est pas officiellement « partie en conflit » dans cette affaire, la frontière commune entre ce dernier pays et l’ex-colonie espagnole, sur laquelle il se refuse à reconnaître la souveraineté marocaine, n’est longue que de 42 km ; 42 km contestés sur 1 601 au total.

Sur un demi-siècle d’indépendance commune, Marocains et Algériens n’ont été libres de se voir, d’échanger et de fraterniser que pendant vingt ans à peine. Autant dire qu’ils ne se connaissent presque plus. D’un côté, des tranchées contre le trafic de carburant, de l’autre, une clôture pour se protéger du « terrorisme ».

L’Algérie dit attendre des « excuses » pour avoir été « accusée à tort » et entend dissocier de la relation bilatérale la question du Sahara occidental, une ex-colonie espagnole annexée par le Maroc mais revendiquée par des indépendantistes (Polisario) avec le soutien d’Alger.

C’est en effet en août 1994 qu’Alger avait décidé de fermer sa longue frontière (quelque 1 500 km) avec Rabat après un attentat à Marrakech, dont le royaume rendait responsables les services de renseignements algériens. Et Rabat rappelle toujours que la fermeture n’est pas de son fait et fustige une « mauvaise volonté » du voisin, dont le but serait de contrer coûte que coûte l’influence régionale du royaume.
La mésentente entre Alger et Rabat pèse aussi sur la lutte contre les réseaux d’immigration clandestine. Impactée du fait de la forte pression à ses frontières sud, l’Union européenne semble inapte à favoriser un rapprochement. Mais le plus grand gâchis reste économique.

Un potentiel économique

A court terme, il est vraisemblable que le Maroc, dont l’économie et la main-d’œuvre sont plus compétitives et diversifiées que celles de l’Algérie, tirerait de la réouverture des frontières des dividendes supérieurs à ceux de son voisin. C’est, pour une large part, ce sentiment de faire au Maroc un cadeau sans contrepartie qui explique que le président Bouteflika n’ait jamais répondu aux appels à la réouverture réitérés ces dernières années par Mohammed VI. Forte de ses impressionnantes réserves en devises, l’Algérie ne souhaite pas renflouer les caisses de son voisin. Reste que ce raisonnement, qui relève du nationalisme d’État, ne tient ni à moyen terme ni à long terme.
Un « Maghreb central » où la libre circulation serait la règle et le marché du travail ouvert ferait gagner aux trois pays qui le composent deux points de croissance par an. Et le PIB réel par habitant, si l’on en croit la Banque mondiale, augmenterait plus vite en Algérie qu’au Maroc.

À ce coût du non-Maghreb s’ajoute celui, pour les deux voisins, de dépenses militaires toujours plus lourdes, nécessitées par le maintien d’un rapport des forces budgétivore : 5 milliards de dollars pour le Maroc en 2012 (le double pour l’Algérie), qui pèsent d’autant plus sur les finances du royaume que les devises dont dispose ce dernier sont étroitement liées non pas à la production passive d’hydrocarbures, mais à ses propres performances économiques. Jusqu’à quand le Maghreb continuera-t-il de marcher sur la tête ? Diverses études ont relevé que le commerce entre les cinq pays de l’Union du Maghreb arabe (UMA, créée en 1989 mais dont la mise en œuvre est au point mort) ne représentait que 3 % de leurs échanges globaux, ce qui en fait la région la moins intégrée au monde. La réouverture n’a jamais été aussi lointaine.

La rédaction

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