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Mali et Centrafrique, deux destins croisés

A première vue ce sont deux pays que tout oppose. L’Histoire, la position géographique, la religion majoritaire, les institutions politiques. Ils ont pourtant connu à un an d’intervalle un bouleversement politique majeur. En mars 2012, le Mali sombre dans l’inconnu à la suite du putsch du capitaine Sanogo. Militaire inconnu de la presque totalité de la population, il devient l’homme fort du pays. Très vite il est contraint de mettre en place une feuille de route et d’installer un gouvernement transitoire. Un an plus tard, presque jour pour jour à plus de 3000 kilomètres de là c’est Bangui qui tombe. Le président François Bozizé est emporté par le coup d’Etat de Michel Djotodia et de la coalition Séléka qui a pris les armes.

Les institutions ont été mises à terre

Dans les deux cas le pays entre dans une période sombre. Le Mali perd immédiatement le contrôle de la partie nord de son territoire et doit faire face à l’avancée toujours plus menaçante de groupes islamistes et narco-djihadistes. Les institutions subissent de plein fouet le changement de régime.

En Centrafrique c’est l’État lui même qui se disloque dans la foulée du départ de l’ancien président. Déjà très bancal, le système politique centrafricain s’effondre complètement et le pays entre dans une zone de turbulence qu’il n’avait plus connu depuis plusieurs années.
Pour les deux pays la période de transition est également celle de l’intervention militaire. Aux coups d’État suivent les bruits de bottes et ceux là sont français. Face à la menace des djihadistes du nord, le président malien par intérim Dioncounda Traoré exhorte Paris à intervenir. C’est selon lui l’avenir du Mali tout entier qui est en jeu. Il faut dire qu’Ansar Dine et Al Qaida au Maghreb Islamique, AQMI, avaient clairement émis l’intention d’établir un califat sur tout le pays.

Plus de 4500 soldats français sont alors dépêchés sur place et la guerre est déclarée contre ceux que les maliens appellent les ennemis de la nation. A Bangui, en République Centrafricaine, c’est un constat similaire qui s’impose. Face à l’incapacité du chef de l’État, du gouvernement et des restes de l’armée régulière, à rétablir la sécurité, c’est vers l’ancienne puissance coloniale que Michel Djotodia se tourne.

RCA, Bangui, calme précaire

Le calme reste précaire dans la capitale centrafricaine, Bangui.

Il aura fallu plus de 9 mois aux nouvelles autorités centrafricaines pour avouer les difficultés de maîtrise du territoire et de rétablissement de sécurité. Pillages, exactions en tous genres, affrontements entre différentes populations. Face à ce constat d’impuissance, Paris a décidé d’envoyer un millier d’hommes. Comme pour le Mali il s’agit là de sécuriser le territoire pour ensuite organiser des élections et remettre en place un pouvoir légitime et légal.

Mais si les deux pays ont des destins qui se ressemblent la suite des événements risque de ne pas être la même. A Bamako la vie démocratique était bien plus affirmée qu’elle ne l’était à Bangui jusque là et l’organisation des élections centrafricaines risque d’être compliquée. Pour les autorités maliennes en place il s’agissait également de lutter contre un ennemi qui venait le plus souvent de l’extérieur. Si les membres de MNLA et d’Ansar Dine étaient pour la plupart des maliens, pour ceux d’AQMI ce n’était pas le cas.

La crainte d’une guerre civile

La Centrafrique, elle, risque de se retrouver dans la configuration d’une guerre civile. Certains agitent même le spectre du génocide dans ce pays multiconfessionnel. Pas étonnant devant cette situation, que Djotodia veuille l’aide de l’étranger. D’autant que si jamais un tel scénario arrivait, il se retrouverait immanquablement inculpé par la Cour Pénale Internationale.

Si la France, de son côté n’a pas refusé d’intervenir c’est également pour ne pas se trouver sur le banc des accusés pour avoir laissé faire sans agir. Le génocide rwandais hante encore les esprits. Cependant, que ce soit pour le Mali ou pour la République Centrafricaine, la présence française risque de se prolonger. Alors que dans un premier temps Paris souhaitait désengager au maximum son armée, il a fallu se rendre à l’évidence. Le nord du Mali reste trop instable et l’armée est encore trop fragile. C’est le même cas de figure qui risque de se présenter à Bangui. Face à l’insécurité et au délitement de l’État il faudra même sans doutes, envoyer des renforts.

Par Antoine Mokrane

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