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Le président burkinabé Blaise Compaoré sous pression

A l’approche de l’élection présidentielle de 2015, le président du Burkina Faso Blaise Compaoré attise la division au sein même du parti au pouvoir. Soixante quinze membres du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, parti au pouvoir) ont présenté leur démission. Dans une lettre ouverte publié lundi 6 janvier, ils ont exprimé leur «profond désaccord sur la conduite et les orientations actuelles du parti ». Les divergences portent sur les méthodes de gouvernance de l’actuel chef de l’état, de l’installation au forceps du Sénat mais l’essentiel est ailleurs. Le problème, l’article 37 de la constitution limitant le nombre de mandats présidentiels. Les démissionnaires du parti au pouvoir à l’instar de l’opposition soupçonnent l’exécutif de vouloir modifier le texte pour se maintenir au pouvoir. A la tête du pays depuis 27 ans, Le président Compaoré a évoqué la possibilité de recourir à un référendum pour modifier l’article 37 qui l’empêche pour l’instant de briguer un nouveau mandat en 2015. Il a déjà été élu par quatre fois depuis son accession au pouvoir en 1987 à la faveur d’un coup d’état contre Thomas Sankara. Ainsi, Blaise Compaoré a déjà effectué deux septennats (1991 et 1998), avant un amendement modifiant la durée du mandat présidentiel lui permettant dans la foulée d’être élu pour deux quinquennats (2005 et 2010). Cette vague de démission constitue clairement une défiance de son propre parti même si de nombreux démissionnaires sont tombés en disgrâce et ont été relégués à des postes de conseillers dans le bureau politique national depuis mars 2012. On peut aisément penser que leurs ambitions politiques étaient plus ou moins bridées au sein du parti au pouvoir.

Passage dans le camp adverse ?

Néanmoins, ces derniers constituent des personnalités de poids dans le jeu politique burkinabé. L’ancien président de l’Assemblée nationale, Roch Marc Christian Kaboré, l’ancien maire de la capitale Simon Compaoré et de nombreux anciens ministres dont l’ancien compagnon du chef de l’Etat, Salif Diallo ont jeté l’éponge en signe de protestation. Reste à savoir dans quel cadre ils poursuivront leurs engagements politiques. Certains observateurs annoncent la création d’un parti regroupant les 75 démissionnaires du CDP. En septembre 2012, le CDP avait déjà connu la défection de Saran Sérémé qui a alors fondé un nouveau parti, affilié à l’opposition. Mais cette fois la vague de démissions risque d’assommer le parti de Blaise Compaoré dont la réaction est très attendue. Il va falloir resserrer et remettre de l’ordre dans les rangs. Dans cette optique, le président Blaise Compaoré pourrait missionner un médiateur. Quant à l’opposition, de quel œil voit-elle ce départ collectif des cadres du parti au pouvoir ? Sur le principe, l’hécatombe au sein du CDP la réjouit. Elle sonne à ses yeux le réveil du pays des hommes intègres mais surtout elle espère que les démissionnaires viendront renforcer ses rangs avant une mobilisation prévue le 18 janvier contre une modification de la Constitution.

Sylvain Griout

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