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Al-Sissi s’approprie le canal de Suez, symbole d’une grande Egypte

Fin 2015, l’Egypte disposera d’un second canal de Suez. Le pays a signé samedi dernier des contrats avec six sociétés internationales chargées du projet destiné à relancer l’économie en berne. Le président Abdel Fattah Al- Sissi en a fait une priorité, espérant ainsi renforcer son assise en Egypte en s’appropriant cet héritage historique.

89934-004-721B40FFPrésenté comme un projet phare du président Abdel Fattah Al -Sissi, le deuxième canal de Suez s’inscrit en réalité dans le prolongement des ambitions pour la région des deux précédents régimes, celui d’Hosni Moubarak et de Mohamed Morsi. Le projet prévoit la construction d’un canal parallèle au premier. Il prévoit la construction d’une nouvelle voie de canal sur 35 km et l’élargissement du chenal du canal de Suez sur 37 km. Le coût est évalué à 3 milliards d’euros. En contrepartie, les autorités égyptiennes espèrent que l’adjonction du nouveau canal permettra de générer un revenu total tiré de la voie d’eau de 13,5 milliards de dollars (10,6 milliards d’euros) d’ici 2023 contre cinq milliards actuellement. Elles prévoient un doublement du trafic d’ici 2020 avec 97 bateaux par jour au lieu de 49. Le canal de Suez constitue une source de devises précieuses pour l’Egypte. Marquée par trois années d’instabilité politique, son l’économie est aujourd’hui exsangue. L’état affirme qu’un million d’emploi pourraient être crées. L’avantage d’un second canal de Suez est certain, celui-ci permettra de réduire le temps d’attente des convois transitant sur le canal de Suez, huit heures de moins. Le Caire compte également créer une plate-forme logistique et industrielle internationale de 76.000 km2 dans la région du canal pour attirer plus de navires et produire plus de revenus.

Lutte contre le terrorisme

En charge des travaux, un consortium avec lequel l’Egypte a signé un contrat. Celui-ci est composé de la National Marine Dredging Co, des Emirats arabes unis, de la Royal Boskalis Westminster et de Van Oord des Pays-Bas, de Jan de Nul Group et Deme Group de la Belgique, et de Great Lakes Dredge and Dock des USA.Le nouveau canal doit être achevé d’ici août 2015, c’est en tout cas le souhait formulé par le président Abdel Fattah Al-Sissi qui a dévoilé le projet en août dernier à l’occasion du début des travaux de creusement. Mais pas sûr que ces délais soient respectés, les sociétés qui ont remporté l’appel d’offres se sont certes engagées sur ce calendrier avec toutefois une certaine réserve. Reste le financement du projet, Le gouverneur de la banque centrale égyptienne a annoncé en septembre que l’Etat avait réuni les 8,5 milliards de dollars nécessaires au financement du projet. A noter qu’au départ, le chef de l’état projetait de confier le financement du projet au Qatar mais Doha est en froid avec le nouveau gouvernement qui l’accusent de soutenir les Frères musulmans, la confrérie de Morsi, sévèrement réprimée depuis la destitution de Mohamed Morsi. Si l’objectif affiché est la relance de l’économie, le second canal de Suez répond également à d’autre priorités nationales. Le président Al-Sissi entend servir ses propres ambitions, incarner une nouvelle Egypte dont le symbole d’une émancipation anti-colonialiste et d’ouverture sur le monde reste le canal de Suez. Une date historique à rappeler, la nationalisation en 1956 du Canal de Suez par Gamal Abdel Nasser, leader du mouvement des non-alignés. Les recettes issues du canal ont permis par la suite la construction du barrage d’Assouan. C’est d’ailleurs cet âge d’or que le numéro un égyptien, Abdel Fattah Al- Sissi, espérait raviver dans la mémoire collective de ses concitoyens le 5 août dernier lors d’une cérémonie de lancement des travaux en grande pompe. Par ailleurs, le Caire est confronté à l’activisme des groupes djihadistes dans le Sinaï. Plusieurs dizaines de membres des forces de sécurité ont été tués dans le Sinaï depuis le renversement par l’armée du président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013. Avec la construction d’un second canal de Suez, les autorités égyptiennes visent à reprendre la main sur la région et lutter ainsi contre le terrorisme.

La Rédaction

(Crédit image : Wikimedia Commons)

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