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Le coton génétiquement modifié, le Burkina jette l’éponge

Seul pays d’Afrique de l’Ouest à s’être lancé dans l’agriculture biotechnologique au début des années 2000, le Burkina Faso a fait un virage à 180 degrés en annonçant renoncer au coton transgénique. Toutefois, ce sont des raisons de rentabilité qui ont poussé les autorités du pays à renoncer à cette activité.

Le déclin de l’ «or blanc » burkinabé

Quelque 4 millions des 19 millions de Burkinabés vivent directement ou indirectement du coton, aussi appelé « or blanc », principal produit d’exportation et première source de devises du pays depuis la colonisation avant d’être détrôné par l’or en 2009.

Considéré comme un laboratoire continental du coton transgénique, le Burkina a finalement jeté l‘éponge la semaine dernière, du moins provisoirement. Les autorités de ce pays d’Afrique de l’Ouest estiment que le coton génétiquement modifié (CGM) n’est plus rentable. La fibre de coton produite est devenue courte donc plus difficile à filer.

En effet, autrefois très apprécié sur le marché mondial pour sa pureté et la longueur de sa fibre, le coton burkinabé est tombé en déclin au fil des années. Cette chute lui a fait perdre son label, entraînant des pertes évaluées à 48,3 milliards de francs CFA (70 millions d’euros) pour la période 2011-2016. Il y a quinze ans, le coton CGM avait généré d’immenses espoirs.

On parlait alors de résistance à la sécheresse dans ce pays sahélien et d‘éradication des parasites, notamment des chenilles “hélicoverpa armigera” qui ont ruiné des milliers de paysans en 1991, 1996 et 2000.

Une réduction du nombre de traitements phytosanitaires (pesticides) et de meilleurs rendements étaient promis, avec une augmentation de 50 % à 90 % de la production. En 2003, le Burkina avait accordé des autorisations d’expérimentation à Monsanto et à la multinationale suisse Syngenta. En 2007, le pays a lancé la production à grande échelle du coton transgénique et, à partir de 2009, les autorités ont ordonné aux paysans d’en ensemencer jusqu‘à 80 % de leur production, permettant une réduction du temps et de la pénibilité au travail.

Une bataille remportée

L’Association interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB) a décidé d’aller “vers le 100% conventionnel”. Le Conseil national de l’agroalimentaire biologique, qui regroupe des associations de consommateurs et d’agriculteurs et milite pour un moratoire de 5-10 ans sur les OGM au Burkina s’est félicité de cette décision.

En effet, au cœur d’une polémique depuis de nombreuses années, il présente des effets néfastes sur notre environnement. Les produits utilisés pour traiter cette menace étaient accusés d’appauvrir les sols et d’augmenter la résistance de certains insectes comme les araignées, les chenilles ou encore les punaises qui se sont habituées aux pesticides de… Monsanto. Les autorités du pays poursuivent néanmoins les discussions avec Monsanto. Certains espèrent des dédommagements du géant américain qui parie sur une nouvelle variété de coton biotechnologique pour la campagne 2020-2021.

La renonciation du Burkina au CGM est un bon avertissement pour les autres pays d’Afrique qui étaient tentés ou incités par le gouvernement américain et courtisés par les firmes d’agrobusiness.

La rédaction

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