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Maurice – Gérard Sanspeur : « la croissance du PIB de 4% est bel et bien réalisable en 2016 »

Les prévisions de croissance pour Maurice avoisine les 4%. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prévoit en 2016 3,8% de croissance. Pour Gérard Sanspeur, le président du Board of Investment et conseiller spécial au Ministère des Finances, la barre des 4% est réalisable. Dans cet entretien, il décrypte la stratégie  du gouvernement pour relancer l’économie du pays et lutter contre le chômage.

Afrique Inside : Outre vos fonctions de président du BOI, vous êtes conseiller spécial au ministère des Finances, quel rôle jouez-vous au cœur de l’appareil économique mauricien?

J’ai comme tâche immédiate de conseiller le gouvernement dans le cadre de la préparation du budget 2016/2017. En effet, je participerai à la formulation des stratégies économiques, à la promotion des investissements privés en vue de la croissance économique nationale et je suivrai de près la mise en œuvre des mesures budgétaires et celle des projets capitaux dans le secteur public.

D’autre part, mes responsabilités comprennent également la coordination des initiatives de développement et l’interaction avec la société civile en vue d’améliorer la qualité de la vie dans le cadre des projets axées sur la régénération urbaine. Je serai également responsable de la mise en œuvre de la nouvelle « Africa Strategy Initiative » et du développement des Zones Economique Spéciales. Dans l’immédiat, une de mes fonctions prioritaires consiste à mettre place une plateforme digitale interactive, Mauritius Finance, en vue de stimuler l’implication du public dans le processus de consultations pré budgétaires.

Afrique Inside : Quelles sont les perspectives de croissance pour Maurice en 2016, la barre des 4% sera-t-elle franchie?

Je suis convaincu que la croissance du PIB de 4% est bel et bien réalisable en 2016 si toutes les parties prenantes, privées et publiques, mettent l’effort nécessaire pour diriger la mise en œuvre rapide des projets.

Comme je l’ai mentionné dans des interventions précédentes, nous avons en 2015 établi les bases d’une croissance durable à long terme qui permettra d’améliorer la qualité de vie des citoyens. Les objectifs que nous avons fixés, et la vision que nous avons pour ce pays, sont sans précédent, et un chantier de cette envergure nécessite des années de préparation. Nous l’avons fait en moins d’un an, et les résultats seront visibles bientôt.

Toutefois, nous devons reconnaître que nous restons aux caprices de l’environnement extérieur. La FMI a souligné que la croissance ralentit dans le monde entier, et que les incertitudes persistent. Il nous incombe de nous adapter en permanence à l’évolution des conditions économiques et tirer le meilleur parti des opportunités qui se présentent.

L’agro-industrie, l’économie numérique, le secteur manufacturier, le tourisme et les services financiers recevront une attention particulière.

Afrique Inside : Quelles sont vos priorités dans l’agenda économique 2016?

Il y a quelque 46.600 personnes qui sont au chômage, ce qui représente environ 8% de la population active. Plus de 20% des chômeurs ont moins de 25 ans. La frustration des chômeurs, le fardeau socio-économique de leur inactivité et l’incapacité à améliorer leur sort sont inacceptables. Redresser cet état de choses est donc la priorité des priorités. Nous avons identifié la croissance comme le moyen le plus efficace pour atteindre cet objectif. Nous nous concentrons sur certains secteurs spécifiques productifs à main-d’œuvre intensive pour générer le niveau d’activités nécessaires pour résorber le chômage et façonner l’île Maurice de demain. L’agro-industrie, l’économie numérique, le secteur manufacturier, le tourisme et les services financiers recevront une attention particulière. L’entrepreneuriat est également évalué comme une solution viable au chômage. L’année dernière a vu les premiers pas dans la transformation de Maurice en une nation d’entrepreneurs. Davantage sera fait pour faciliter le processus pour que les PME développent leurs activités ainsi que la croissance des start-ups. En outre, une série de mesures viendra répondre au déséquilibre des compétences persistantes entre l’industrie et le marché du travail, avec un accent spécifique sur la formation en alternance et la formation continue. Si les opérateurs privés jouent le jeu, le nombre de chômeurs diminuera d’ici deux ans, et nous serons confrontés au plein-emploi. Dans une certaine mesure le succès des mesures dépend de la conjoncture mondiale. Cependant, nous ne pouvons pas toujours porter le blâme sur des facteurs externes, alors que nous avons tant à améliorer à notre niveau aussi. La facilité de faire des affaires, la stabilité économique et politique, la cohérence de la politique fiscale et monétaire, et un marché du travail flexible sont des conditions sine qua non pour nous permettre d’atteindre nos objectifs. L’idée est d’œuvrer pour une croissance inclusive, durable qui renforcera notre résilience économique. La croissance en elle-même n’est pas la finalité. C’est l’amélioration de la qualité de vie qui l’est.

Le tourisme, l’un des principaux moteurs de la croissance de l’économie, a enregistré un taux de croissance de 8,5% en 2015

Afrique Inside : Quelles sont les perspectives pour les secteurs clefs de l’économie mauricienne la construction, le secteur manufacturier et le tourisme impactés par la morosité internationale

Le tourisme, l’un des principaux moteurs de la croissance de l’économie, a enregistré un taux de croissance de 8,5% en 2015, et pour les 4 premiers mois de l’année, une augmentation de 10% par rapport à la période correspondante l’an dernier à était enregistrée. Ceci indique que dans l’ensemble, la performance de l’année dernière sera dépassée. De plus, nous sommes réconfortés dans cette prédiction avec le récent lancement de l’Afrique-Asie Air Corridor, qui positionnera l’île Maurice comme une plaque tournante reliant les deux continents et de générer une activité importante en terme d’arrivées.

La construction reprendra aussi, avec des projets de grande envergure qui commencent déjà à se matérialiser. Ces projets comprendront des initiatives publiques et privées qui répondront à l’attente de la population pour la création d’emplois et la croissance à court et à long terme.

La situation est un peu différente pour le secteur manufacturier. Nous sommes contraints par une taille limitée du marché, ce qui implique que le développement du secteur dépend en grande partie des conditions extérieures. Par opposition au tourisme, où nous dépendons aussi de ces facteurs, nous ne disposons pas d’un réel avantage comparatif dans notre offre. Cela sera corrigé dans le prochain budget, et les efforts se multiplient pour rendre nos produits plus compétitifs et se déplacer dans la production de produits à forte valeur ajoutée. L’objectif est toujours de hisser la contribution du secteur à 25% du PIB.

Aussi importants que ces secteurs puissent être actuellement, nous avons encore besoin de diversifier nos activités. Les sciences de la vie, l’économie numérique, l’éducation, entre autres, offrent une pléthore d’opportunités. Ces secteurs augmenteront notre résilience dans le plus long terme.

Afrique Inside : Et en matière de diversification de son économie, quels sont les chantiers et les projets en vue?

Les projets d’investissements qui ont été présentés au BOI l’an dernier annoncent un nouveau record d’IDE s’élevant à 50 milliards de roupies contre 20 milliards en 2014. Ces projets s’insèrent dans des phases d’implémentation échelonnées sur les cinq prochaines années. En sus des Smart Cities et des projets immobiliers, l’avenir du secteur manufacturier est prometteur avec plusieurs projets dans le domaine de l’industrie légère, les dispositifs et appareils médicaux ainsi que le traitement des produits de la mer, entre autres. Le potentiel de croissance du secteur des services est également très élevé, en particulier dans le secteur des Tic où plusieurs grandes entreprises se délocalisent à l’île Maurice. Cela fait suite à des initiatives de diversification ciblant de nouveaux marchés tels que l’Australie, l’Afrique du Sud et dans des nouveaux créneaux. Le secteur va obtenir un coup de pouce additionnel lorsque nous nous connectons au troisième câble à fibre optique. Parmi les secteurs naissants, nous trouvons également un intérêt significatif dans la biotechnologie et les énergies renouvelables.

Le Gouvernement met également en avant plusieurs initiatives qui permettront d’améliorer la capacité de production de l’économie. Les investissements du secteur public seront générés dans des projets d’infrastructure clés, à savoir le développement du port, l’aéroport, l’eau, l’électricité et le système de transport. Ces investissements productifs sont essentiels pour renforcer la compétitivité, améliorer l’efficacité et la productivité et agir comme un facteur clé pour la réalisation de la vision 2030.

A travers cette plateforme Mauritius Finance, nous pouvons être plus sensibles des attentes de la population

Afrique Inside : Signe d’un nouvel élan, le lancement à votre initiative d’une plateforme participative de consultation sur le budget, le ‘People Budget Transparency Portal’ via Facebook, s’agit-il de rassurer et de reconquérir la confiance des mauriciens inquiets en raison du ralentissement économique depuis 2012?

Mauritius Finance est une plateforme digitale innovante pour permettre à tout citoyen à Maurice, à l’étranger, ainsi que toute autre personne qui s’intéresse à notre pays, d’échanger, de partager, de communiquer, et de contribuer de manière constructive au processus d’élaboration du prochain budget 2016-2017, qui comme vous le savez, est un des instruments stratégiques pour mettre en place nos programmes de développement économique, que ce soit au niveau fiscal, social, environnemental, industriel, sectoriel, entre autres. C’est donc une plateforme participative et citoyenne qui permet à chacun d’apporter ses idées, ses suggestions et ses propositions dans ce processus de consultations pré-budgétaires. Il ne faut pas oublier que le citoyen se trouve au centre de toute politique de développement socio-économique. A travers cette plateforme Mauritius Finance, nous pouvons être plus sensibles des attentes de la population et mieux appréhender leurs perspectives. Cette plateforme permet aussi d’apporter plus de transparence dans le dialogue et les échanges entre la population civile et l’équipe chargée de préparer le budget. Trop souvent, les consultations se font entre ministères, organismes parapublics et autres institutions du privé. Les mesures découlant de ces rencontres limitent le débat, contraignent l’exercice budgétaire à rester dans un domaine trop technique et n’arrivent pas souvent à créer ce lien de confiance avec la population.

A travers la plateforme digitale de Mauritius Finance, la communication, l’échange et le partage sont immédiats, voire instantanés et sans intermédiaire. Cette consultation publique élargie permet de mieux cerner les besoins de la population et bénéficier au maximum de leur contribution. Aussi, le citoyen se sent valorisé comme partie prenante, patriote et participant dans la formulation de la politique économique du pays et les mesures qui le touchent directement ou indirectement. Je tiens à faire remarquer que nous n’avons pas réinventé la roue. Ce processus de consultation publique pré-budgétaire par le biais d’une plateforme numérique se fait déjà dans plusieurs grands pays, notamment au Canada, en Grande Bretagne, en Inde, en France et ailleurs.

Afrique Inside : Quelle place occupe l’économie numérique à Maurice et quelles sont vos ambitions?

Jusqu’à présent, l’île Maurice n’a pas été en mesure de créer un environnement numérique optimal. Bien que l’infrastructure est à un niveau satisfaisant, il nous manque encore l’esprit et la culture d’entreprise, ce qui est la raison pour laquelle nous sommes toujours en retard par rapport à l’égard de l’administration électronique, les données ouvertes, et dans la formation de jeunes entrepreneurs à aventurer dans ce qui a priori pourrait être qualifié «à risque». L’Internet n’a pas eu un impact important sur la prestation des services gouvernementaux, ni sur l’accès à l’éducation et de l’information, l’innovation commerciale, l’interaction sociale, et l’engagement communautaire à la politique du gouvernement au cours de la dernière décennie. Malheureusement, il continuera d’évoluer à ce rythme si nous ne réalisons pas que l’économie numérique ne comprend pas que les Tic. Notre investissement n’a pas augmenté la capacité des sociétés de services financiers, les détaillants, les fournisseurs de logistique et d’autres fournisseurs de services pour itérer et développer de nouveaux produits pour les Mauriciens. Nous allons, éliminer les obstacles pour favoriser le commerce électronique, l’e-gouvernement, l’e-éducation, le Fintech et faciliter la création d’entreprises dans l’économie numérique.

L’analyse des données existantes tient de grandes promesses pour divers domaines de notre vie, de réduire les embouteillages, à la conservation des ressources naturelles pour la prévention des infections à laquelle nos enfants sont exposés. Son influence dans notre vie sera considérable, et il nous importe de donner tout l’importance nécessaire à la croissance de ce secteur.

La rédaction

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