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Gabon : comment expliquer la volte-face du ministre de la Justice?

M. Séraphin Moundounga, ministre de la Justice et accessoirement Vice-Premier ministre  au Gabon a jeté l’éponge, lui pourtant réputé proche du président Ali Bongo. Une démission jugée suspecte par ses détracteurs et qui intervient en pleine crise post-électorale émaillée par des violences dans le pays. 

Pour le porte-parole du gouvernement Alain Claude Bilie-By-Nze, cela ne fait pas de doute, M. Moundounga est une brebis galeuse naviguant d’un camp à l’autre: « Nous savons depuis longtemps qu’il est de mèche avec (l’ancien président de l’Assemblée) Guy Nzouba Ndama  » a-t-il réagi auprès de l’AFP.

M. Nzouba Ndama avait démissionné de son poste de président de l’assemblée nationale en mars dernier avant de se rallier à Jean Ping. Le parti au pouvoir, PDG a ainsi fait face à une vague de défection historique, une fronde anti-Ali Bongo pourtant investi par son parti comme candidat à sa propre succession.

« Je me décharge de mes fonctions gouvernementales et je prends congé du Parti démocratique gabonais (PDG – au pouvoir) », a déclaré le ministre dans une déclaration à la télévision d’opposition TV+. Ce dernier réclame le recomptage des voix. Pour rappel, Ali Bongo s’est imposé face à Jean Ping avec près de 6OOO voix d’écart à la faveur d’une participation record, 99, 97% dans son fief, le Haut-Togooué où il aurait récolté 95% , c’est pourquoi l’opposition crie à la fraude. Dans le même temps, cette même opposition aurait obtenu 104% des voix à Bitam, on lui reproche d’avoir bourré les urnes.

Le pouvoir se refuse à tout recomptage des voix et s’en remet au droit constitutionnel laissant libre recours devant la Cour Constitutionnel jugée partiale par l’opposition. Dans ce bras de fer, le jeu des puissances étrangères vient soutenir le camp de Jean Ping à qui le pouvoir reproche d’avoir envenimé la situation et évité de favoriser l’apaisement par ses déclarations pendant la campagne et juste après la proclamation des résultats officiels. Il est vrai qu’à aucun moment Jean Ping,  n’a appelé à la retenue. Pour beaucoup, l’ex-président de la commission de l’UA a surfé et même attisé la colère de ses partisans.

Alors que le calme revient à Libreville et que la vie reprend timidement son cours, la bataille Ali Bongo/Jean Ping semble se poursuivre au cœur du sérail politique où le jeu des alliances et des défections devrait sceller le sort du vainqueur et du perdant  proclamés par la CENAP, la commission électorale.

Pourquoi M. Moundounga a-t-il démissionné? La crainte de rendre des comptes au moment où la France demande des éclaircissements sur la disparition de plusieurs de ses ressortissants. Une dizaine de personnes, possédant toutes la double nationalité franco-gabonaise, n’ont pu être localisées, a-t-on précisé de source diplomatique. Plusieurs centaines de personnes ont aussi été arrêtées, selon les autorités, et de nombreuses familles étaient toujours à la recherche de leurs proches lundi. Autre possibilité,  L’ex-ministre de la Justice se serait laissé convaincre par le camp de Jean Ping? Une trahison, c’est ainsi que le camp d’Ali Bongo vit cette défection.

Après l’annonce de la réélection d’Ali Bongo, des manifestations et des pillages ont éclaté dans tout le pays . Au total, ces violences ont fait au moins sept morts, dont un policier, selon un comptage de l’AFP. Le nombre de blessés n’est pas connu. Au moins un milliers de personnes ont été arrêtées dans le pays. De nombreuses familles étaient toujours à la recherche de leurs proches lundi.

Sur le plan diplomatique, il faut noter la médiation de l’ONU sous la houlette d’Abdoulaye Bathily, représentant spéciale du Secrétaire Général pour l’Afrique centrale tandis que l’Union africaine a fait part de sa disponibilité à assister les parties dans la recherche d’un règlement rapide de la situation post-électorale, selon M. Ayrault, qui apporte son plein soutien à cette initiative.

La France  encourage les chefs d’état africains à se rendre à Libreville prochainement pour trouver une solution à la crise qui a fait perdre des centaines de milliards de FCFA au Gabon.

Conforté par la démission du ministre de la Justice, le candidat d’opposition Jean Ping, qui se déclare président élu et réclame un recomptage des voix, vient de lancer un appel à une grève générale pour bloquer l’économie du pays. On imagine les conséquences d’un tel mouvement sur l’emploi, le quotidien des gabonais si son appel, jugé irresponsable par ses détracteurs, est entendu.

La rédaction

 

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