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En France, la colère sociale malgré l’embellie économique

Les manifestations entachées de violences contre des réformes à la philosophie libérale témoignent d’une profonde colère sociale en France, à l’heure où le président socialiste François Hollande assure pourtant que le pays va mieux, conforté par des progrès sur le front de l’emploi et de la croissance.

Nuages de gaz lacrymogène, manifestants cagoulés, voiture Porsche en feu: les images des affrontements survenus jeudi dans plusieurs villes, en marge de manifestations contre un projet de loi sur le travail, ont mis cette colère en évidence. D’autres manifestations sont attendues dimanche pour la célébration du 1er mai et mardi lorsque le texte commencera à être débattu au Parlement.

Si les violences sont le fait d’une poignée de casseurs, selon l’expression du ministre français de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, elles restent le symptôme d’une profonde tension dans le pays, reconnaît le gouvernement.

Nous avons sous-estimé à quel point la société française était fracturée, a admis le Premier ministre Manuel Valls, dans un entretien fleuve au magazine Society publié vendredi. Nous avons cru – pas moi – que la société était moins dure alors qu’elle était davantage sous tension.

Ces manifestations ne sont pas les premières à dégénérer dans un pays où salariés, lycéens ou étudiants sont prompts à descendre dans la rue. Mais elles ont été particulièrement violentes, avec 78 policiers blessés – dont trois grièvement à Paris – et au moins un manifestant gravement touché. Plus de 200 personnes ont été interpellées, selon les autorités.

Après plusieurs années de crise économique et de chômage croissant, de nombreux Français semblent à cran, comme en témoignent la multiplication des mouvements sociaux et la progression régulière de l’extrême droite dans les urnes.

L’annonce en février d’un projet de loi qui vise à donner plus de souplesse aux entreprises, notamment en matière d’aménagement du temps de travail, et à clarifier les règles de licenciement économique, a cristallisé les exaspérations.

Pour ses opposants, ce projet est avant tout un nouveau facteur de précarité pour les salariés, dans un pays où le taux de chômage atteint les 10% et où un jeune sur quatre est sans emploi.

– Moins bien vivre que ses parents –

Une mobilisation multiforme est née: pétitions en ligne, blocages de lycées, manifestations répétées et, depuis un mois, le mouvement Nuit debout qui rassemble chaque soir plusieurs centaines de personnes place de la République à Paris et dans d’autres villes françaises.

La France va mieux, a tenté de rassurer le président Hollande, qui se voit conforté par l’annonce cette semaine d’une croissance de 0,5% au premier trimestre et d’un recul de 1,7% du chômage en mars. Notre action porte ses fruits, a renchéri son ministre des Finances Michel Sapin. C’est une croissance solide qui est enclenchée.

Ces chiffres, qui laissent entrevoir une embellie économique et auraient pu apporter une bouffée d’air au gouvernement, risquent pourtant de ne pas apaiser la colère de la rue.

C’est un mois d’amélioration spectaculaire mais c’est un mois seulement, relativise Jérôme Sainte-Marie, président de la société d’études et de conseil Polling Vox. Ces 60.000 chômeurs en moins n’effacent pas les 800.000 enregistrés depuis le début du quinquennat de François Hollande en 2012. On a un enracinement du chômage de masse, ce n’est pas en un mois que cela va inverser les choses et encore moins les perceptions.

S’ils montrent une amélioration globale, les chiffres du chômage dénotent aussi une progression du nombre d’emplois précaires et c’est exactement ce que dénoncent les manifestants, souligne-t-il.

Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, les nouvelles générations sont confrontées à la perspective de vivre moins bien que leurs parents.

Les phénomènes de paupérisation touchent de plus en plus de gens, à commencer par les enfants de la classe moyenne, souligne Jérôme Sainte-Marie, pour qui ce sont probablement surtout ces derniers qu’on a vus dans les rues.

La promesse de progrès social n’est plus tenue, ajoute-t-il. Cela nourrit une colère d’autant plus grande qu’il y a un sentiment de trahison par rapport à la vocation (de défendre ce progrès) qu’on attribue d’habitude à la gauche.

AFP

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