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France-Algérie : chronique d’une relation mouvementée

A l’égard des liens notamment historiques qui unissent les deux pays, les liens entre Paris et Alger sont singuliers. Souvent comparés à un couple qui ne cesse de se séparer et de se réconcilier, ces deux partenaires sont parvenus récemment à poser les bases d’une coopération bilatérale plus étroite, les souvenirs des vicissitudes du passé étant partiellement et volontairement oubliés de part et d’autre. Alors que le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault estimait lors de sa récente visite que les relations « n’ont jamais été autant au beau fixe », voilà que la récente déclaration du président français vient assombrir de nouveau les perspectives d’une réconciliation durable du couple franco-algérien. Il aura donc fallu une plaisanterie de mauvais goût pour retarder une nouvelle fois un début d’idylle entre Paris et Alger. Si plusieurs accords de coopération ont bien été signés, essentiellement dans le domaine économique, le traité d’amitié déjà partiellement enterré est loin de revoir le jour, les autorités des deux rives lui préférant à présent un partenariat stratégique encore balbutiant et encore susceptible de connaître quelques entraves si les tensions persistent.

Des relations prometteuses malgré les blessures de l’histoire

50 ans de relations passionnelles et tumultueuses qui n’ont jamais connu un véritable âge d’or, les non-dits trop nombreux et les aléas historiques les perturbant sans cesse. Au lendemain de son indépendance l’Algérie doit entamer sa (re)construction. Instable sur le plan économique et social après 130 ans de creusement d’inégalités, le pays est alors confronté à de nombreux problèmes intérieurs dont la presse française se fait souvent l’écho. La nationalisation de quelques entreprises et organismes français par le gouvernement de Ben Bella brouillent certes les contacts entre le pays et l’ex-puissance coloniale mais n’impactent pas la volonté de chacune des parties de donner une nouvelle impulsion dans les relations entre les deux pays. En témoignent les rencontres officielles et officieuses entre les hauts responsables des deux bords comme la venue à Paris en 1964 d’un certain Abdelaziz Bouteflika, alors jeune ministre des affaires étrangères.

L’arrivée au pouvoir de Houari Boumédiène par un coup d’état opéré en juin 1967, ne provoque pas de réactions du côté français, le général De Gaulle se gardant de toute ingérence dans les affaires intérieures algériennes. De Gaulle et son homologue algérien avait une estime réciproque, ce dernier se distinguant par un vibrant hommage lors de la disparition du président français. « J’apprends avec une profonde émotion la mort du général de Gaulle. Je m’incline devant la mémoire du patriote exceptionnel qui, après avoir assumé les destinées tragiques de la France, a su se dépasser de nouveau dans la rencontre des grands destins et concevoir, dans une vision noble et généreuse, ce que devait être désormais l’avenir des peuples algériens et français… » Formule-t-il dans son message de condoléances.

Le temps des occasions ratées

Un apaisement dans les relations franco-algériennes qui ne durera pas longtemps. La disparition rapide de Pompidou et l’élection de Valery Giscard d’Estaing changeront la donne. Le nouveau locataire de l’Élysée ne digère toujours pas la décision prise par Houari Boumédiène de nationaliser les hydrocarbures en février 1971. Pour autant, il se rend à Alger en 1975, une première pour un chef d’État français depuis l’indépendance de l’Algérie. Les deux chefs d’État tentent de solder quelques contentieux, mais la méfiance reste de mise des deux côtés. La question migratoire et celle du racisme restent latentes et empêchent l’émergence d’un véritable pacte de coopération entre les deux pays malgré la volonté officielle de procéder à la normalisation des relations.

Le président Boumédiene aux côtés de son homologue français, Valery Giscard d'Estaing (Crédits: Wikimedia Commons)

Le président Boumédiene aux côtés de son homologue français, Valery Giscard d’Estaing (Crédits: Wikimedia Commons)

L’arrivée de François Mitterrand au pouvoir marque au début des années 1980 un nouveau départ entre Français et Algériens. La volonté de l’Hexagone de repenser les bases du partenariat entre les pays du Nord et du Sud est favorablement accueillie du côté d’Alger. Six mois après son élection, le président français se rend à Alger en signe de volonté de rapprochement. Quelques mois plus tard, c’est au tour du Chadli Benjedid, successeur de Houari Boumédiène, de se rendre à Paris. Il devient alors le premier chef d’Etat algérien à être reçu à l’Élysée. Accords sur le gaz et non-remise en cause de l’apport de l’immigration posent les jalons d’une nouvelle ère entre Paris et Alger. Mais les frictions entre les deux capitales ne tardent pas à revenir. La répression des émeutes populaires de 1988 par l’armée algérienne et l’arrêt des élections législatives de 1992 à la suite de la victoire du Front islamique du salut vont impacter négativement les relations. La dégradation de la situation politique, économique et sécuritaire pendant les années 1990 n’arrangeront rien.

Alors que l’Algérie voit arriver à sa tête un nouveau dirigeant, les autorités françaises restent hésitantes sur les perspectives de coopération avec son voisin de l’autre rive. L’amélioration de la sécurité à travers le territoire algérien et le partage d’une vision commune entre les deux pays sur les grands dossiers internationaux facilitent un nouveau rapprochement. La venue d’Abdelaziz Bouteflika à Paris en juin 2000 et l’arrivée triomphale de Jacques Chirac en mars 2003 à Alger se concluent par la signature d’un partenariat d’exception et un traité d’amitié est alors envisagé. L’adoption d’une loi reconnaissant « le rôle positif » de la colonisation en 2005 sapera tous ces espoirs malgré son abrogation par le Président français. L’Algérie ne décolère pas pour autant et exige du moins officiellement des excuses officielles de le France dans son entreprise de colonisation dans le pays. http://www.youtube.com/watch?v=TV4mmU9b7i8

L’orage

En 2007, le nouveau président français Nicolas Sarkozy est bien décidé à ne faire aucun geste de repentance. Bien qu’il estime « injuste » le caractère du système colonial lors de sa visite en Algérie, il tente uniquement de développer avec l’Algérie un partenariat basé sur l’axe économique. Son refus de formuler des excuses contente l’aile droite de son parti et les nostalgiques de l’Algérie française. Les discours axés sur l’immigration et sa volonté affichée de remettre à plat les accords de 1968 qu’il juge trop favorable aux Algériens sont très mal perçus par Alger.

L’ère Hollande-Bouteflika : un bon démarrage puis…

Elles semblaient apaisées et pourtant les relations franco-algériennes peuvent à tout moment connaître de nouveau une altération préjudiciable. Un simple propos déplacé et voilà le corps diplomatique des deux côtés dans tous ses états malgré une visite présidentielle au bilan plutôt positif. Ce qui est certain, c’est que les relations entre ces deux pays ne peuvent être normales.

Malik Acher

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