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Fin de l’arrimage FCFA-Euro: quelles conséquences pour les pays de la zone Franc ?

Lors d’une visite au Tchad, la semaine dernière, Marine Le Pen, candidate du Front national (FN) à la présidentielle français, a exprimé son souhait de mettre fin à la coopération monétaire entre la France et les pays africains utilisant le Franc CFA, une fois élue présidente de la République 2017. Cette sortie pousse à s’interroger sur l’avenir économique des Etats de la zone franc. Comment une rupture avec la France, au plan monétaire, peut-elle avoir un impact sur les relations entre l’hexagone et les pays africains partageant le FCFA ?

Par Hamidou Baldé

Les 14 pays africains membres de la zone FCFA vont-ils vers un divorce avec la France sur la coopération monétaire ? Tout laisse à le croire. Du moins si l’on se fie aux dernières déclaration de Marine Le Pen, candidate du Front national (FN) à la présidentielle française en avril prochain. Reçue en audience par Idriss Deby, président du Tchad, Le Pen, dans sa déclaration, semble donner raison aux anti FCFA qui réclament une rupture de la coopération. « J’entends les plaintes des Etats africains qui considèrent par principe qu’ils doivent avoir leur propre monnaie et que le franc CFA est un inconvénient à leur développement économique », a soutenu la candidate du FN. Elle se dit tout à fait d’accord avec cette vision. Le franc CFA est la devise de huit pays d’Afrique de l’Ouest et de six pays d’Afrique centrale liée à l’euro à un taux fixe garanti par le Trésor français.

Quand le FCFA divise les économistes

Aujourd’hui les débats sur le FCFA ont fait naître deux camps : d’un côté ceux qui soutiennent le maintien du FCFA, d’un autre côté, les anti FCFA qui militent pour une fin des relations monétaires avec la France. Pour les premiers, l’arrimage de cette monnaie à l’euro constitue un avantage pour les pays africains dans la mesure où il permet d’avoir une stabilité monétaire, d’éviter les nombreuses fluctuations sur le marché de changes, de maîtriser l’inflation. Lors de sa visite en France, en décembre 2016, le président Macky Sall déclarait : « Nous avons une institution forte et crédible. Et il ne faut pas la déstabiliser, car, quoiqu’on dise, le Fcfa est une monnaie stable ». Dans la même veine, l’économiste Patrick Guillaumont, président de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi), spécialiste des questionnaires monétaire, indiquait que la zone franc a servi de point d’ancrage à quelques économies africaines au cours des vicissitudes récentes du système monétaire international. Par ailleurs, nombreux sont les économistes africains qui militent pour un retrait pur et simple des Etats africains de la zone franc. Dans leur dernier ouvrage collectif
« Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. A qui profite le franc CFA ? », les économistes, Martial Ze Belinga (Camerounais), Demba Moussa Dembélé et Ndongo Samba Sylla (Sénégalais) soutiennent que depuis plus de 70 ans, les pays partageants le FCfa subissent une servitude monétaire qui plombe toute perspective de développement. Ils notent que 10 d’entre eux sont classés par les Nations-Unies comme « pays les moins avancés » (PMA), c’est-à-dire parmi les plus « pauvres » du monde.

Ce qu’il faut s’attendre…

Ces opposants peuvent désormais compter sur un soutien implicite de la candidate du FN, Marine Le Pen, qui compte mettre fin à cette coopération monétaire vieille de plusieurs décennies. Cependant, si ce scénario se réalisait, les conséquences pourront être perçues sous plusieurs formes. D’abord, au plan politique, deux possibilités sont à relever : soit chacune des deux zones monétaires (Union économique et monétaire ouest africains et la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale) va retrouver sa souveraineté monétaire communautaire ; soit chaque pays parmi les 14 fait cavalier seul en ayant sa propre autonomie monétaire. Si la promesse de Marie Le Pen devait se concrétiser, il y a de quoi s’inquiéter sur la maîtrise actuelle du niveau de l’inflation dans l’essentiel des pays de l’Uemoa. Une rupture de l’arrimage du FCFA à l’euro peut entraîner une nouvelles remontée du niveau général des privés en raison d’une absence de parité fixe. Et le pouvoir d’achat des populations ne sera guère épargné. Tous les instruments de politiques économiques (fiscales, monétaire, budgétaire…) seront lourdement secoués en raison des interrelations qui existent entre eux. Instrument d’intermédiaire des échanges, la fin du Franc CFA va diminuer les échanges commerciaux intra-zone, augmenter les effets des chocs sur les économies des membres, réduire la mobilité de la main d’œuvre au sein de l’union monétaire et remettre en question les efforts d’intégration régionale politique, économique, institutionnelle et sociale. Toutefois, un retrait des pays de la zone peut être bénéfique au point de vue économique et politique. Chaque pays pourra disposer d’une politique monétaire qu’il sera libre de manipuler selon ses intérêts. Ils ne seront plus obligés de verser une partie de leur réserve dans le fameux compte d’opération logé au Trésor français. Des fonds qui pourront leur permettre de financer leur programme de développement. La concrétisation du projet de création d’une monnaie unique pourrait également être une alternative pour ces pays.

Il  convient de rappeler que dans sa forme actuelle, la zone CFA, composée de deux unions monétaires, regroupe 14 pays. L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) comprend le Bénin, le Burkina-Faso, la Côte-d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Ils se partage le FCFA comme monnaie commune émise par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). L’Union monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC englobe le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad. La monnaie commune, émise par la Banque des Etats d’Afrique centrale, y est également appelée franc CFA.

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