Afrique Inside Un média 100% numérique
You are here:  / Société / La perpétuelle évolution de la langue maghrébine

La perpétuelle évolution de la langue maghrébine

A l’instar des autres sociétés du monde, la société maghrébine connaît une évolution de sa langue, de son parler. Forgée par l’histoire, la langue utilisée par les Maghrébins appelée darija ou dardja, est le résultat d’une agrégation de mots dont les origines sont très diverses. Berbères, Arabes, Espagnols, Ottomans, Italiens ou encore Français ont contribué par le biais des échanges commerciaux et culturels ou par des conquêtes territoriales à la construction de la langue locale. Creuset des civilisations, le Maghreb a donc vu se succéder des peuples qui ont apporté avec eux, leur culture, leur langue mais aussi leur religion. La langue maghrébine comme la majorité des autres langues a donc été construite au fil des siècles sur la base de la diversité de son peuple.

Une langue officielle qui ne reflète pas le langage des Maghrébins

Une réalité qui ne peut être occultée et pourtant, cette riche histoire est semble-t-il trop vite oubliée par les responsables politiques. Au Maroc, en Algérie et en Tunisie, l’arabe est la langue officielle. Une évidence, car ces états ont une histoire et une culture liées à cette langue depuis l’avènement de l’Islam au Maghreb au 7e siècle. La problématique ici n’est pas de remettre en cause la légitimité de son officialisation dans ces pays mais de savoir en fin de compte, « quelle langue arabe » devrait être considérée comme officielle. A côté de la langue berbère dont l’officialisation est effective au Maroc, la langue arabe officialisée est fondamentalement différente de la langue comprise et utilisée par la population. Dans l’administration, dans la presse écrite ou encore à la télévision, l’arabe littéral a été généralisé, mais son emploi dans toutes ces sphères a provoqué l’exclusion de toute une partie de la population qui ne comprend que l’arabe traditionnel, l’arabe de la rue.

Une évolution linguistique inéluctable

Les autorités de ces pays ont, dans l’officialisation de l’arabe littéral, voulu utiliser la langue comme un facteur d’unification du peuple afin de consolider l’État nation en occultant cependant la diversité culturelle et surtout linguistique de ces pays. De tout temps, la langue utilisée dans cette région a été un mélange de mots, d’expressions aux origines variées. Pendant la période ottomane (XV-XVIIIe siècle) il était parlé à Alger ou Tunis, états dits « barbaresques », un mélange de catalan, d’arabe, de turc, de berbère ou encore d’italien, un fait qui découlait du cours inéluctable de l’histoire. Et cette histoire poursuit son cours avec cette mondialisation, désirée ou non, amenant Marocains, Algériens, Tunisiens à employer des mots qui fondamentalement reflètent leur ouverture au monde. Aujourd’hui, dire « n’connecti fi l’internet » (je me connecte sur internet) ou « bipi li » (bipe-moi) est un élément de langage commun qui ne choque personne.

Inexorablement, la langue des hommes change, ce qui nous étonne aujourd’hui, nous sera commun demain, un évolution qui s’inscrit dans le temps. Dans 50 ans, les Maghrébins parleront certainement un langage qui mêlera toujours une diversité de mots « locaux » et de mots d’origine étrangère qui ne cesseront de les rapprocher aux autres. L’évolution technologique, les effets de mode, les problématiques sociétales sont autant de domaines qui contribueront à enrichir le « darija ou dardja 2063 ».

Malik Acher

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked ( required )