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Burkina: la chasse aux pro-Compaoré?

L’assemblée intérimaire du Burkina Faso vient d’adopter mardi un nouveau code électoral qui interdit aux partisans du président déchu Blaise Compaoré de participer aux scrutins d’octobre. Le texte qui s’appuie sur la Charte africaine de la démocratie et de la bonne gouvernance sème la division et ravive les tensions dans le pays.

A l’approche du scrutin présidentiel, les esprits s’échauffent au pays des hommes intègres. Le Burkina Faso n’a pas refermé les plaies et le nouveau code électoral qui vient d’être adopté par l’Assemblée intérimaire ne risque pas d’arranger la situation. Le texte interdit aux proches du président déchu de se présenter à la présidentielle prévue en octobre. La transition marque sa profonde défiance vis-à-vis du clan Compaoré, ou plutôt de ce qu’il en reste. Elle refuse de croire ceux qui promettent de tourner la page Compaoré. Peu après la chute de Blaise Compaoré, plusieurs membres de l’ancien pouvoir burkinabé avaient exprimé le souhait de revenir au pays pour participer sa reconstruction politique. Ce fut le cas par exemple de Djibrill Bassolé l’ancien ministre des Affaires Etrangères de Blaise Compaoré. Dans une interview accordée à Afrique Inside (http://afriqueinside.com/djibrill-bassole-ex-ministre-des-affaires-etrangeres-du-burkina-blaise-compaore-la-page-est-tournee18112014/). M. Bassolé impatient de tourner la page, affirmait son intention de revenir au pays pour y jouer un rôle dans le cadre de la transition politique. A ce moment là, il n’était donc pas question d’imaginer prendre la relève de Compaoré. M. Bassolé n’est pas un cas isolé, citons également M. Yacouba Ouédraogo, anciens ministre des Sports sous le régime déchu. Leurs candidatures sont désormais mises entre parenthèses. Régime « sec » pour les ex-Compaoré. Voici ce que le texte voté par le CNT stipule : « en ses articles 135, 242 et 166, elle exclut de la présidentielle, des législatives et des municipales « toutes les personnes ayant soutenu un changement anticonstitutionnel qui porte atteinte aux principes de l’alternance démocratique, notamment au principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels ayant conduit à une insurrection ou à tout autre forme de soulèvement. » Le projet de loi a été votée par 73 voix pour, 10 voix contre et 3 abstentions sur 86 votants. Si la loi reprend les dispositions de la Charte africaine de la démocratie et de la bonne gouvernance, elle pose également de nombreuses questions sur la réconciliation nationale.

L’ancien parti au pouvoir promet de réagir

D’ailleurs, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’ex-parti présidentiel désormais minoritaire à l’Assemblée a promis une vive réaction avec ou sans les forces politiques et sociales alliées du pays. Plusieurs mois avant la chute de Blaise Compaoré, le CDP a traversé une grave crise causée par une vague de défection provoqué par des rivalités internes et une certaine lassitude face à l’entêtement de son ex-leader Blaise Compaoré. La mobilisation du CDP pourrait bien déstabiliser la transition car ses appels pourraient bien être suivis par de nombreux dissidents qui ne croient plus au retour de M. Compaoré aujourd’hui exilé. Des appels à manifester ont été lancés mardi par des organisations de la société civile contre ce projet. D’autres contre-manifestations ont été lancées par des associations soutenant la transition.De légères échauffourées ont opposé mardi quelques poignées de manifestants, massés à un rond-point de Ouagadougou. La police a dispersé les militants et arrêté une demi-douzaine de proches de l’ex-président Blaise Compaoré, dont trois anciens ministres selon le CDP et plusieurs sources sécuritaires. La tension était palpable mardi. Le chef du CDP a dénoncé un harcèlement des autorités contre son camp. De son côté, le transition a mis en garde les instigateurs de troubles et menacé de procéder à de nouvelles interpellations de personnes soupçonnées de troubles publics. A six mois de l’échéance électorale qui doit mettre un terme à la transition et permettre un retour à ordre institutionnel, le Burkina Faso semble encore prisonnier de ses vieux démons.

La rédaction

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