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Burkina Faso : futur chef de la transition, les tendances?

La médiation sous-régionale se poursuit au Burkina Faso pour tenter de résoudre l’imbroglio politique consécutif à la chute du président Blaise Compaoré le 31 octobre dernier. L’armée contrôle le pays, à sa tête le colonel Isaac Zida qui a pris l’engagement formel de remettre le pouvoir à un civil dans 15 jours. Mais la désignation d’un candidat de consensus s’annonce difficile. Une chose est certaine, l’unanimité des burkinabès contre l’armée au pouvoir.

La Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest prône un dialogue inclusif pour parvenir à un consensus politique qui doit mener à des élections libres, équitables et crédibles, en conformité avec le cadre constitutionnel du Burkina Faso. Le président ghanéen également président en exercice de la CEDEAO, John Dramani Mahama et ses homologues sénégalais, Macky Sall, et nigérian, Goodluck Jonathan sont arrivés à Ouagadougou, la capitale burkinabè mercredi. Trois chefs d’état mobilisés, pourtant la tâche s’avère complexe. Une chose est sûre, pas de militaire à la tête du pays, sur ce point les bukinabès sont unanimes. Pour le reste, le déroulement des négociations jusqu’à présent prouve les difficultés d’instaurer un véritable dialogue entre l’opposition et l’ex-majorité. Dans la soirée du mercredi 5 novembre, le camp de l’opposition et de l’ancienne majorité ont exprimé leur refus de dialoguer ensemble, ce qui a retardé le début des négociations. Pour l’instant, on se sait toujours pas qui va diriger la transition, seule certitude sa durée, probablement douze mois .

Mgr Titianma Anselme Sanou

Mgr Titianma Anselme Sanou

Au regard du manque de cohésion et des ambitions présidentielles au sein de la classe politique d’opposition, les regards se tournent vers l’église catholique burkinabè, garante de l’unité nationale. Celle-ci est très influente au Burkina Faso. Il y a quelques jours, l’église catholique a déclaré que le futur président de la transition ne pourrait pas être candidat à la prochaine élection présidentielle. Une mise en garde destinée à l’opposition et l’ancienne majorité que les burkinabè ont certainement apprécié. Les noms de deux deux archevêques seraient même cités pour diriger la transition selon des médias locaux. Mgr Titianma Anselme Sanou, l’ancien archevêque de Bobo-Dioulasso ou encore Mgr Philippe Ouedraogo, Archevêque de Ouagadougou. Moins âgé que le premier, le second serait favori. Il faut dire que les archevêques sont des personnalités très respectées notamment en raison de leur bonne entente avec les autres autorités religieuses du pays, les immams ou les pasteurs. Mgr Sanou a scellé sa popularité grâce à son action au sein du Collège des Sages fondée le 10 juin 1999 après la mort du journaliste Norbert Zongo. C’est ce même collège qui a formulé un certain nombres de recommandations dont la limitation des mandats présidentiels.

Mgr Philippe Ouedraogo

Mgr Philippe Ouedraogo

Les archevêques ont la confiance de toutes les communautés du pays y compris du chef traditionnel des Mossi (principale ethnie du Burkina Faso), Mogho Naba avec qui ils entretiennent des relations privilégiées. Au Burkina Faso, les leaders coutumiers et religieux constituent un entité à part, un bloc homogène garant de l’unité sociétale du pays. Reste à savoir si le choix d’un archevêque à la tête d’une transition civile et laïque même avec l’assentiment du peuple burkinabè, sera compris par la communauté internationale. A défaut, l’arbitrage de l’église catholique dans le processus de désignation du chef de la transition sera décisif.

 

Jean-Baptiste Ouedraogo … Ablassé Ouedraogo

Jean-Baptiste Ouedraogo, ancien chef de l'état de 1982 à 1983.

Jean-Baptiste Ouedraogo, ancien chef de l’état de 1982 à 1983.

Chef de la transition, un rôle sur mesure, dit-on pour l’ancien chef de l’état Jean-Baptiste Ouedraogo. Cet ancien militaire a dirigé le pays durant une année de 1982 à 1983. Très respecté à la fois par l’opposition et la majorité, il apparaît comme l’homme du consensus. Il y a plusieurs mois, M. Ouedraogo a dirigé le groupe de médiateurs auto-saisi pour régler la crise politique ouverte entre l’ex-pouvoir et l’opposition. La facilitation proposait l’adoption d’un mécanisme favorisant une sortie crédible pour le président déchu Blaise Compaoré, l’ouverture d’une transition démocratique apaisée au terme de son mandat, des garanties de sécurité et l’acceptation d’une formule de sénat aménagé en concertation avec l’opposition en place. Mais ce cadre de concertation a fini par éclater sous la pression de l’opposition et de l’ancien pouvoir incapable de s’entendre. M. Ouedraogo a été contraint de jeter l’éponge. Sa neutralité et son refus de céder au pouvoir en place plaide aujourd’hui en sa faveur. Seul bémol, son passé dans les rangs de l’armée qu’il a portant quitté en 1982. Le peuple bukinabè ne veut pas entendre parler d’un militaire à la tête du pays. Autre choix possible, l’ancien ministre des Affaires Etrangères Ablassé Ouedraogo. Cet économiste présente l’avantage d’avoir cumulé les postes de directeur général adjoint de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et de conseiller spécial du président de la BAD à Tunis.

Ablassé Ouedraogo, économiste et ancien ministre des Affaires Etrangères.

Ablassé Ouedraogo, économiste et ancien ministre des Affaires Etrangères.

Il dirige aujourd’hui un bureau d’études chargés de la gestion des conflits sociaux entre travailleurs et employeurs et reste en marge de la vie politique mais son passé de ministre pour le compte du régimeCompaoré joue contre lui. Dans le pays, personnes ne semble vouloir un homme politique à la tête du régime de transition. La camp de la majorité est hors-course, l’opposition avance en rangs dispersés. L’opposante et présidente du PDC, Parti pour le développement et le changement, Saran Sérémé/Séré, s’est fait remarquée en s’autoproclamant chef de la transition sur les ondes de la télévision nationale dimanche 2 novembre. Elle ne cache pas ses ambitions mais, pour certains, ne dispose pas encore de l’étoffe d’un présidentiable. Et beaucoup dans le pays ne sont pas encore prêt à voir une femme diriger la transition. Quand au général à la retraite Kouamé Loungué, que la rue souhaitait porter au pouvoir, ces chances d’accéder au poste de chef de la transition sont désormais faibles car lui aussi comme Madame Sérémé s’est auto-désigné chef de l’état intérimaire dans la confusion la plus totale. Et une fois encore, les burkinabè ne veulent pas d’un militaire au pouvoir même à la retraite. D’ici 15 jours, le Burkina Faso devrait connaître le successeur de Blaise Compaoré mais le délai risque d’être plus long que prévu. « Le délai de 15 jours imposé par l’Union africaine au Burkina Faso pour parvenir à une transition civile n’engage que l’organisation panafricaine » a déclaré ce jeudi le colonel Isaac Zida. Même si son désir de s’accrocher au pouvoir est réel, il semble avoir pris conscience que le peuple burkinabè qui a renversé Blaise Compaoré au terme de 27 ans de pouvoir, ne lui fera pas de cadeau s’ il s’obstine. La communauté internationale exerce une forte pression pour qu’il cède le pouvoir. Le Canada a suspendu son aide de 20 milliards de Fcfa. L’Union africaine, la CEDEAO, l’ONU et l’Union européenne voient rouge. La marge de manœuvre du colonel Zida est donc très faible.

Par Samantha Ramsamy

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