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In this photo of Thursaday, Oct.21, 2010,  Al-Shabaab fighters display weopons as they conduct military exercises in northern Mogadishu, Somalia A failed offensive by Somalia's strongest insurgent group has left at least 20 people dead as the Islamist group attempted to recapture a district in southwestern Somalia from government forces, an official and a witness said Friday.   The attempt by al-Shabab, an al-Qaida-linked Somali militia, to win back a district near Kenya's border left 12 people injured, said local resident Osman Gelle. Gelle said the violence, which started Thursday afternoon, was the worst he had seen in more than a year.   Somali government forces took over the Beled-Hawa district last Sunday in an offensive launched to take back areas held by militants. Al-Shabab militants took control of the area in Jan. 2009 after Ethiopian troops, who had entered to support Somalia's transitional government, withdrew from Somalia. The militia group briefly lost control of the town in Aug. 2009 to Ahlu Sunna Waljamea, a moderate Islamist group allied to the government.
(AP Photo/Mohamed Sheikh Nor)

Boko Haram ou le jihadisme en héritage

La désignation par l’organisation Etat islamique d’un quasi inconnu à la tête de Boko Haram en remplacement d’Abubakar Shekau ne doit rien au hasard. Elle était même inévitable, affirment les experts, car Abou Mosab Al Barnaoui, à peine 22 ans, n’est autre que le fils du fondateur du groupe jihadiste nigérian.

De son vrai nom Habib Yusuf, Barnaoui « est l’aîné des fils encore en vie de Mohamed Yusuf, fondateur du Jamaa’atu Ahlis-Sunnah Lid-Da’wati wal-Jihaad », véritable nom de Boko Haram, affirme Fulan Nasrullah, spécialiste nigérian du conflit sur Twitter.

Le lien de filiation a été confirmé par de nombreux experts, notamment par le blogueur nigérian Ahmad Salkida, connu pour ses informations exclusives sur le groupe islamiste.

« Abou Mosab Al Barnaoui est le fils du défunt Mohammed Yusuf », écrit M. Salkida, soulignant que son patronyme fait référence à sa région d’origine, l’Etat du Borno (nord-est).

Al Barnaoui signifie « l’homme issu du Borno », en langue kanuri, dont les consonances ont été « arabisées ». C’est Shekau lui-même qui a attribué ce nom de guerre au jeune Habib Yusuf, après la mort de son père, tué par la police nigériane en 2009.

A l’âge de 15 ans, Habib Yusuf devient Abou Mosab Al Barnaoui et rentre dans le jihad.
« Abou Mosab était comme un frère pour Shekau, un fils. Il en a fait son bras droit », écrit Fulan Nasrullah sur Twitter.

L’adolescent n’aurait sans doute pas pu trouver tuteur plus cruel. Boko Haram, qui était jusqu’alors davantage une secte islamique rigoriste qu’un mouvement jihadiste, prend un virage sanguinaire sous la direction de Shekau.

A cette époque, la nébuleuse d’Al-Qaida étend son emprise sur le continent africain : Boko Haram prend les armes et envoie des combattants se former en Somalie ou au Sahel.

Depuis 2009, on estime que le groupe armé a fait plus de 20.000 morts, 2.6 millions de déplacés et kidnappé des dizaines de milliers de personnes.

– ‘Tendances dictatoriales’ –

Le jeune Barnaoui fait sa première apparition en janvier 2015 à 21 ans dans une vidéo de propagande pour revendiquer l’un des plus importants massacres de civils, celui de Baga, dans le nord-est du Nigeria.
Son aisance d’élocution fait de lui le « porte-parole » du groupe, aux yeux des experts.

Mais les premières tensions commencent à apparaître au sein de Boko Haram. Shekau ne cesse de répéter que Barnaoui n’est pas le porte-parole officiel du groupe, semblant présager l’ascension imminente du jeune homme.

Selon des sources proches du mouvement, Barnaoui prend ses distances avec son mentor lorsque Shekau décide de prêter allégeance à l’Etat islamique (EI) dès 2015, et se rapproche d’un autre membre éminent de la secte et proche confident de son père défunt, Mamman Nur.

Ensemble, Nur et Barnaoui recrutent des combattants hors de la forêt de Sambisa, leur fief, et dispersent leurs membres autour du lac Tchad et dans la région nord du Nigeria, proche du Sahel.

« L’un des points de tensions majeur entre les deux groupes est la définition même de qui est musulman et qui doit être la cible des violences », explique Omar S. Mahmood, chercheur pour l’Institute for Security Studies (ISS).

« Pour Shekau, toute personne (musulmane ou non) qui accepte de vivre sous le contrôle d’un Etat non-islamique mérite d’être exécutée. Les personnes déplacées qui fuient Boko Haram tombent dans cette catégorie », poursuit le spécialiste en sécurité africaine.

A travers des messages audio, les deux « dissidents » dénoncent les « tendances dictatoriales » de Shekau, l’accusant d’avoir assassiné des commandants et de ne pas condamner les pillages de masse.

Des critiques qui trouvent écho jusque dans les rangs de l’EI. « Shekau ne faisait pas l’unanimité », explique Romain Caillet, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient.

La rupture est consommée début août, quand l’organisation-mère présente Barnaoui dans son journal officiel comme le « nouveau wali » (chef) de Boko Haram. Les deux entités se rejoignent finalement sur les ambitions « mondiales » du jihad, Barnaoui assurant vouloir concentrer ses attaques sur les « croisés chrétiens » en Afrique.

Selon des sources proches du groupe, Nur aurait refusé la proposition de l’EI de prendre la position de leader pour des « raisons stratégiques », préférant agir comme conseiller de l’ombre.

L’armée a annoncé mardi avoir « mortellement blessé » Shekau ainsi que 300 de ses combattants dans un raid aérien sur le fief de la forêt de Sambisa, sans que l’information ait pu être confirmée par les autorités nigérianes.

Ce n’est pas la première fois que Shekau est annoncé mort. Mais dans un contexte de lutte interne, un moindre affaiblissement du groupe « pro-Shekau » pourrait ouvrir une voie royale à ses rivaux.

AFP

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