Afrique Inside Un média 100% numérique
You are here:  / À LA UNE / Culture / Bénin : la culture et le tourisme, leviers de croissance?

Bénin : la culture et le tourisme, leviers de croissance?

Entretien avec Ange N’KOUE, Ministre charge du Tourisme et de la culture du Bénin . En décembre  dernier, le gouvernement a publié sa feuille de route pour permettre au tourisme et à la culture de contribuer au développement du pays. Quels objectifs ? Dans cette interview, Ange N’KOUE nous livre sa vision.

Par Romuald Hounhoui

Afrique Inside : La culture et le tourisme sont au premier plan des priorités du gouvernement béninois. A quoi devons-nous s’attendre en termes de réalisation dans les 4 prochaines années.

Ange N’KOUE :  le gouvernement béninois est conscient des énormes potentialités du Bénin en matière du tourisme et de la culture. Il a aussi conscience du lien étroit entre les deux secteurs partant du fait que la culture est un levier important du développement touristique. C’est ce qui justifie l’importance accordée aux deux secteurs dans le Programme d’actions du gouvernement 2016-2021 afin de construire une identité économique propre au Bénin dont les avantages comparatifs dans ces secteurs sont mondialement reconnus et ne demandent qu’à être valorisés.

Cette valorisation se fera notamment à travers de projets phares qui seront mis en œuvre par une agence créée à cet effet, puis à travers des projets prioritaires directement mis en œuvre par mon département ministériel. Au terme de la mise en œuvre de ces projets, le visage touristique du Bénin connaitra une grande visibilité à travers des parcs W et Pendjari plus modernes transformés en parcs de référence de l’Afrique de l’ouest ; la cité lacustre de Ganvié entièrement rénovée avec un environnement assaini et un cadre de vie attrayant aussi bien que pour les populations qui y vivent que pour les touristes ; la cité d’Abomey réhabilitée avec un attrait touristique important autour des palais royaux et l’histoire des royaumes retracée ; l’édification d’un musée international des arts, culture et civilisation vaudou à Porto-Novo ; la création d’une expérience touristique premium autour des habitats « tata » à Boukombé ; etc.

Afrique Inside : Le Programme d’action du gouvernement auquel vous appartenez prévoit réinventer la cité lacustre de Ganvié mais elle existe déjà ?

Ange N’KOUE : la cité lacustre de Ganvié existe déjà. C’est un site historique majeur que le Bénin se propose d’inscrire sur la liste du patrimoine mondial. C’est aussi un site à forte potentialité touristique qui a connu une reconnaissance et un rayonnement international dans les années 1990, avec une fréquentation, significative qui permettait d’entretenir une économie touristique florissante et d’assurer un certain niveau de vie à la population. C’est pourquoi le gouvernement béninois a mis en projet d’œuvrer à la réhabilitation du site et de faire de Ganvié un site pilote de mise en valeur d’un tourisme lacustre respectueux de l’authenticité et de l’environnement. C’est le respect de l’authenticité dans la restauration de la cité qui nous amène à utiliser l’expression « Réinventer la cité lacustre de Ganvié » dont l’objectif principal est de réhabiliter Ganvié sur ses bases culturelles et sociales qui perdurent malgré les difficultés et le sentiment d’abandon qui existe aujourd’hui. Notre travail de reconstruction se fera selon une approche globale basée sur trois axes prioritaires : le social, l’environnement et l’économique.

Afrique Inside : la diaspora africaine avait une possibilité de connexion avec le Bénin à travers un festival Ouidah 92. Mais qui n’a pas duré. Qu’est ce qui est prévu pour redonner à Ouidah son statut historique ?

Ange N’KOUE : Oui effectivement, en Février 1993, le Bénin a organisé le festival des arts et de la culture vodoun, Ouidah 92. Le festival a permis de revitaliser notre héritage religieux identifié au vodoun et de réaliser sa connexion thématique avec l’histoire de l’esclavage. 1994, le lancement de l’itinéraire la route de l’esclave sous l’égide de l’Unesco, a parachevé cette tendance où la mise en patrimoine d’un passé perçu comme intangible mais encore vivant est associée au renouveau des cultes dits endogènes. Et pour couronner tous ces évènements le Bénin en 1997, a institutionnalisé au 10 Janvier de chaque année, la fête nationale du vaudou. Tout ce détour pour dire que l’environnement est déjà en place pour la mise en tourisme des arts et culture vaudou et pour maintenir les liens avec notre diaspora historique. Il ne sera pas question de répéter l’histoire mais d’améliorer l’existant pour créer les conditions optimum au développement du tourisme mémoriel et cultuel chez nous au Bénin. Et dans cette perspective, le gouvernement a mis en place parmi un projet de réhabilitation de la ville de Ouidah pour en faire un pôle majeur de tourisme. La cité sera restaurée en fixant une période de l’histoire qui permet de garder l’authenticité des lieux. Ce sera aussi l’occasion pour réaménager les sites liée à la pratique de la traite négrière dans la ville de Ouidah et d’en faire un circuit de visite touristique connecté avec la portion de la route des esclaves partant d’Abomey.

Ange N’KOUE :  » L’impact économique direct sur le PIB au terme de 10 ans est estimé à plus de 500 milliards de francs CFA et à plus de 100.000 emplois crées. »

Afrique Inside : Il n’y a pas que Ouidah, il y a aussi d’autres villes qui portent l’histoire du Bénin. Qu’est ce qui va concrètement changer dans ces villes ?

Ange N’KOUE : les villes de Ouidah d’Abomey et de Porto-Novo sont inscrites au niveau des projets phares du gouvernement. Mais en dehors de ces projets phares il y a les projets prioritaires qui sont inscrits dans le plan de travail annuel au titre de la gestion 2017 du ministère du tourisme et de la culture. Ces projets prioritaires prennent en compte les autres villes d’histoire. La méthodologie à mettre en place sera la suivante : réaliser l’inventaire général du patrimoine culturel dans ces villes, documenter les sites et biens culturels inventoriés, procéder à des aménagements touristiques de ces sites afin de les mettre en tourisme, réaliser au niveau de ces différentes villes des équipements de confort pour permettre aux touristes de passer plus de temps à la découverte de ces villes d’histoire et de culture.

Afrique Inside : En termes de besoins financiers il vous faudra assez de milliards pour réaliser tout ça, en termes de retombées économiques quelles sont les estimations ?

Ange N’KOUE : L’impact économique direct sur le PIB au terme de 10 ans est estimé à plus de 500 milliards de francs CFA et à plus de 100.000 emplois crées.

Afrique Inside : les artistes béninois ne sont pas compétitifs au-delà des frontières béninoises, qu’en est-il réellement et qu’est ce qui est prévu pour doter le Bénin d’un conservatoire ou d’une école de musique ou une grande école des arts ?

Ange N’KOUE : les artistes béninois ont du potentiel mais il leur manque souvent un réel accompagnement et une responsabilisation qui leur permettent d’exercer convenablement leurs métiers de s’épanouir en vivant de leur profession. C’est pourquoi le gouvernement de mon pays a entrepris de profondes réformes du fonds d’aide à la culture pour en faire un fonds des arts et de la culture. Ce fonds a désormais pour vocation de soutenir les grandes manifestations culturelles à caractère national ou international aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Pour ce faire, un bureau de mobilité des artistes sera mis en place pour accompagner les mouvements des artistes à l’extérieur du pays pour leur permettre d’exercer convenablement leur métier. Par ailleurs, deux projets prioritaires à savoir « le projet promotion des talents et renforcement des capacités dans le secteur de la culture » et le projet « mise en place d’un fonds de bonification des crédits des projets culturels ».

Afrique Inside : Monsieur le ministre, nous sommes au terme de cet entretien, votre mot de fin.

Ange N’KOUE  : Je voudrais vous remercier de l’opportunité que vous nous donnez pour partager avec les citoyens d’ici et d’ailleurs nos ambitions pour contribuer fortement à l’essor économique du Bénin. Le tourisme et la culture constituent des priorités pour le gouvernement du Bénin car ils restent une richesse très peu exploitée.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked ( required )