Afrique Inside Un média 100% numérique
You are here:  / À LA UNE / Environnement / Batman returns : le guano, l’engrais 100% bio « made in Madagascar »

Batman returns : le guano, l’engrais 100% bio « made in Madagascar »

AfriqueInside.com : Guanomad, spécialiste de l’engrais biologique à base d’excréments de chauve-souris, comment est née l’aventure?

Cela a commencé par une conversation avec un ami en octobre 2005, sur le guano en Amérique Latine. S’ensuit alors une profonde discussion à propos de ce nouveau projet, celui d’exploiter le bat guano dans des grottes potentielles à Tuléar (Sud – Ouest de Madagascar). Une visite de deux à trois grottes dans le Sud a suffit pour me convaincre et en novembre 2005, j’ai décidé d’enclencher toutes les études techniques (les analyses physico-chimiques et micro biologiques du guano, les tests sur terrains) et les démarches administratives et juridiques afférentes à l’exploitation des grottes.

AfriqueInside.com : Au départ, avez-vous été considéré comme un entrepreneur utopiste ou innovant?

Les deux! D’abord utopiste pour quelques-uns parce que personne n’a cru qu’on pouvait commercialiser ce produit au titre d’engrais à Madagascar, surtout que les paysans utilisent soit de l’engrais chimique soit du fumier de zébu. Auparavant d’autres se sont lancés sur le compost d’origine végétal mais ils n’ont jamais perçu sur le marché de fertilisation à Madagascar. Utopiste également car pour moi c’était un revirement de 180 degrés. Je suis expert comptable de formation et c’est vrai que pour moi c’était un nouveau métier. Innovant pour la majorité car c’est un produit naturel riche et entièrement BIO. C’était « une mine d’or », vu le potentiel agricole à Madagascar, et le développement du secteur BIO sur le marché international.

Erick Rajaonary, PDG de Guanomad à droite primé aux awards de l'African Leadership Network (© ALN).

Erick Rajaonary, PDG de Guanomad à droite primé aux awards de l’African Leadership Network (© ALN).

AfriqueInside.com : Sur quoi repose le concept de Guanomad?

Le concept repose sur la valorisation du caractère naturel et BIO du produit. Et donc intégrer dans l’esprit des consommateurs la notion de développement durable. A travers la commercialisation du produit, on développe quatre concepts :
• Développement de l’agriculture BIO,
• Lutte contre l’insécurité alimentaire : à savoir qu’aujourd’hui la seule manière de sortir de la pauvreté c’est le développement de l’agriculture à Madagascar. Nous avons aujourd’hui 36 millions d’hectares de terres cultivables et on exploite que 3 millions d’hectares.
• Protection de l’environnement : l’usage du produit guanomad contribue énormément dans la gestion du sol (le guano nourrit le sol), de l’eau (à travers la dépollution) et de la biodiversité (le produit améliore l’écosystème).
• Et enfin le développement rural. L’extraction du guano dans les zones enclavées implique la construction de routes et pistes, la contribution dans l’amélioration de la vie sociale des villageois par la création d’emplois, le versement d’une ristourne (calculé en fonction des quantités extraites) au village, à la commune et à la région, et enfin par la participation financière volontaire de Guanomad dans différentes actions sociales (éducation , santé etc….)

AfriqueInside.com : Aujourd’hui quel bilan faites-vous de votre activité?

Après 7 ans d’existence, Guanomad a connu des hauts et des bas. La société a connu une très forte expansion au cours des trois premières années (le chiffre d’affaires est passé de 300 tonnes à 13 000 tonnes) grâce à la politique de révolution verte menée par le gouvernement malgache et les bailleurs de fonds internationaux en 2008. Ensuite à cause de la crise politique en 2009, nous avons connu une très forte régression de notre chiffre d’affaires. La levée d’interdiction d’exporter le guano fin 2010, nous a permis de nous orienter vers le marché export européen et ne plus être ainsi tributaire du marché local. Aujourd’hui nous sommes dans un stade de croissance de par notre forte présence sur le marché local et de part notre nouveau réseau international. Et c’est la raison pour laquelle nous avons fait appel à un fonds d’investissement afin de moderniser notre outil de production et d’améliorer encore plus nos produits et services afin de mieux répondre aux attentes de nos consommateurs.

AfriqueInside.com : Votre activité s’est-elle diversifiée, si oui dans quels secteurs ?

En 2009, peu avant la crise, le groupe Guanomad s’est diversifié dans deux secteurs :
• Dans l’extraction et la commercialisation de phosphorite minéral naturel, à savoir la fiente d’oiseaux marins déposée sur des roches phosphates, et qui par la minéralisation devient du phosphorite. Ce produit peut être utilisé comme engrais et dans des applications industrielles telles que la céramique industrielle.
• Et dans le secteur hôtelier.

AfriqueInside.com : Guanomad a acquis l’attestation ECOCERT en 2010, parlez-nous de votre engagement en faveur du respect des normes environnementales?

Nos activités sont régies par un Plan de Gestion Environnementale pour minimiser et atténuer les impacts de nos activités sur l’environnement, mais également, pour promouvoir le développement social dans les localités où nous travaillons. Les grandes lignes de ce plan concernent la conservation des chauves-souris et des autres espèces qu’abritent les grottes dans lesquelles nous travaillons, le respect de l’équilibre de l’écosystème des grottes et des écosystèmes environnants ainsi que la protection de nos employés dans le cadre de l’exercice de leur travail.

AfriqueInside.com : Et s’agissant de la responsabilité sociale de Guanomad?

Le département RSE de Guanomad a été créé en 2011 dans le but de promouvoir et soutenir des actions, projets ou initiatives contribuant au développement durable de Madagascar. Nos principaux axes d’intervention s’orientent vers le développement durable, le développement du monde rural et agricole malgache, biologique, la bonne gouvernance environnementale et la citoyenneté de l’entreprise. Nous travaillons également en étroite collaboration avec les communautés locales dans nos sites car ces communautés constituent un des piliers sur lesquels reposent Guanomad. Nous appliquons une politique d’embauche locale ; nos 400 à 600 salariés saisonniers annuels sont recrutés dans les villages (appelés fokontany) avoisinant nos sites. Nous participons également au développement local en octroyant des ristournes aux fokontany (non obligatoire aux yeux de la loi) avec lesquels nous travaillons. Nous développons aussi des projets agricoles communautaires pour aider les agriculteurs malgaches à démarrer leurs exploitations. Nous les aidons à assurer l’écoulement de leurs produits au niveau local et nous soutenons leur démarche vers une agriculture biologique. Cette année, le département RSE de Guanomad a choisi d’œuvrer dans le thème de l’enfance, à travers des collaborations avec l’Hôpital d’Ambohimiandra. A cet effet, nous avions aidé les nouveau-nés et les enfants admis en pédiatrie à affronter l’hiver en leur donnant des couvertures. Dans les hôpitaux, nous œuvrons également dans l’aménagement des espaces verts.

“Nous pensons que nos produits répondent aux besoins africains”

AfriqueInside.com : Quelle est votre stratégie d’expansion et d’implantation sur le continent africain ?

Depuis 2013, nous avons décidé d’orienter notre stratégie d’exportation vers le marché africain qui s’ouvre de plus en plus sur le marché de l’agriculture biologique. De plus, sa proximité joue un grand rôle dans le délai d’acheminement des engrais, ce qui n’est pas toujours le cas pour les autres continents (jusqu’à 2 mois pour le Canada par exemple). Nous pensons que nos produits répondent aux besoins africains, surtout en Afrique de l’Est, où la caractéristique du sol est quasi-similaire à celle de notre pays. La présence de notre partenaire Fonds d’Investissement d’Afrique du Sud, AAF SME Fund, dans notre capital, nous apporte un réseau commercial non négligeable sur le monde agricole en Afrique. Et enfin la récompense d’Africa Awards 2013, ne pourra que faciliter notre pénétration sur ce marché.

AfriqueInside.com : Guanomad s’est lancé à la conquête des marchés européens et américains. L’opération séduction fonctionne?

Pour le marché européen, nous sommes en bonne voie dans la pénétration du marché, lequel est encore très vaste. Notre priorité est de répondre au mieux aux normes standards exigées et aux attentes des consommateurs. Exemple, la forme en granulés et/ou en bâtonnets, du guano, est actuellement indispensable puisque tout le matériel d’épandage en Europe est mécanisé, contrairement à Madagascar où le guano se vend en fine poudre. Pour le marché américain, le défi réside dans le coût du fret maritime qui pénalise le prix de l’engrais livré, ajouté à cela, il y a le délai de livraison qui peut atteindre jusqu’à 2 mois.

AfriqueInside.com : Et après la chauve-souris, faut-il s’attendre à une nouvelle innovation pour renforcer le secteur de l’agriculture biologique?

Evidemment, l’innovation est un élément qui dynamise le secteur. C’est également pour cette raison que nous avons mis en place depuis 2011 un département entièrement consacré à la recherche et développement, qui est en quête incessante de recherche pour améliorer nos fertilisants. Aujourd’hui nous sommes à la recherche d’autres ressources naturelles locales de matières fertilisantes pour améliorer la qualité de nos produits.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked ( required )