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African Economic Platform 2017: un plaidoyer pour la jeunesse et le secteur privé

Le secteur privé et la jeunesse au centre des intérêts lors de l’ African Economic Platform 2017 (AEP) qui s’est déroulé la semaine dernière à Maurice. Cette première de l’UA organisée par la Commission de l’Union africaine, en collaboration avec le gouvernement mauricien, a également mis l’accent sur les échanges commerciaux inter-Afrique. En Résumé, voici les temps forts livrés par les pouvoirs publics et les acteurs économiques du continent.

Par Herrsha Lutchman de BIZWEEK.MU à Maurice

Fabriqué en Afrique à travers des chaînes de fabriques régionales

Pravind Jugnauth, Premier ministre de la République de Maurice : le « Make Across Africa » pour concrétiser nos ambitions industrielles

Pravind Jugnauth, Premier ministre – @wikimediaCommons

Il a salué l’initiative de l’Union africaine, et soutient que l’African Economic Platform se veut être une première étape permettant aux parties prenantes de l’Afrique de rassembler leurs ressources pour réaliser leurs objectifs communs.
Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, se dit conscient que l’Afrique a « much catching up to do », surtout, insiste-t-il, si nous voulons que le continent soit fort et résilient. Pour y parvenir, il faudrait que les actions prises ne soient pas bénéfiques uniquement aux pays qui les entreprennent, mais à l’ensemble du continent. Il cite le dossier Chagos où l’Union Africaine a fait part de sa solidarité avec Maurice lors du 28e African Union Summit qui s’est tenu en janvier.

« Nous devons nous voir en tant que partenaires économiques au lieu d’être des compétiteurs. Ce n’est qu’à partir de là que la chaîne de valeur régionale prendra une nouvelle dimension. Si nous pouvons conjuguer nos forces et nous entraider pour éliminer les faiblesses de chacun, cela facilitera notre intégration globale, » a-t-il soutenu.

D’autre part, le Premier ministre a évoqué le commerce intra-Afrique ainsi que l’élimination des barrières non-tarifaires et autres mesures qui contribueront à la croissance de notre secteur manufacturier. Car le fait demeure que l’Afrique possède d’énormes ressources, mais les matières premières sont exportées pour les raffiner et les transformer avant de les  réimporter sous différentes formes. Ainsi, la valeur ajoutée se fait dans d’autres pays autres que sur le continent.

Enfin, il a souligné que bien que le thème de la première séance plénière soit « Make in Africa », il souhaiterait voir la devise « Make Across Africa » concrétiser nos ambitions industrielles. Cette devise devrait nous motiver pour développer un marché africain unique et dynamique. « Ce marché unique nous rendra autonomes et indépendants. Nous avons acquis l’indépendance politique depuis belle lurette. Ayons maintenant l’indépendance économique », a-t-il ajouté.

Tony Elumelu Chairman d’United Bank for Africa Group explique son « Africapitalisme »

Le millionnaire nigérian est le fondateur de la Tony Elumelu Foundation, une organisation philanthropique qui assure la formation et l’ »empowerment » des  entrepreneurs pour qu’ils créent de l’emploi, et génèrent la richesse au sein de leurs communautés et leurs pays.

Saisissant la conférence AEP, Tony Elumelu a évoqué sa philosophie économique qu’il se plaît à appeler « Africapitalisme ». Ce qui ressemblait plus à un appel au secteur privé de l’Afrique pour qu’il joue un rôle plus pondérant dans le développement social et économique du continent, et ce à travers des investissements à long terme dans des secteurs stratégiques.

Tony Elumelu Chairman d’United Bank for Africa Group

« L’’Africapitalisme’ gagne du terrain sur le continent parce que les acteurs économiques, les décideurs et les entrepreneurs ont compris que la réponse au développement de l’Afrique est entre nos mains en tant qu’Africains, » a-t-il soutenu. Pourquoi ? Parce qu’une économie africaine basée uniquement sur l’extraction des matières premières, dit-il, n’a pas fait ses preuves ces 50 dernières années. L’exportation de ces matières a donné lieu à une croissance économique sans création d’emplois, et n’a pas contribué à la création de valeur. Mais la réponse, avance Tony Elumelu, ne viendra pas des aides étrangères ou des programmes internationaux d’assistance. Pour y parvenir, il faudra industrialiser l’Afrique.

« Nous devons nous focaliser sur l’indice d’inclusion et de prospérité partagée, au lieu de l’indice de croissance économique. Donc, nous devons embrasser l’Africapitalisme. Cette philosophie encourage les acteurs économiques à prendre des décisions qui augmentent la richesse économique et sociale, et promeuvent le développement de leurs communautés et pays. »

En des termes plus simples, le focus est sur la croissance du secteur privé qui devient le principal moteur du développement africain, au lieu de dépendre de l’aide extérieure. C’est un appel aux Africains pour qu’ils investissent en Afrique et qu’ils arrêtent de dévier la richesse africaine vers des économies étrangères. Toutefois, précise le millionnaire nigérian, pour que le secteur privé puisse mener l’industrialisation de l’Afrique, les gouvernements devront jouer leurs rôles.
« En tant qu’investisseur dans 21 pays du continent, je suis conscient du rôle primordial du gouvernement pour créer l’environnement requis pour les investissements. Cela doit être le focus primaire puisque c’est un service que seul le secteur public est habilité à offrir. Le secteur privé est florissant lorsque trois conditions sont remplies : la facilité, la sécurité et la transparence. » Pour Tony Elumelu, la réalisation de l’unité africaine ne doit dépendre de personne d’autre que nous, et ce pour assurer le développement de l’Afrique. A noter que la Tony Elumelu Foundation a pour ambition de « empower » 10 000 entrepreneurs africains et ‘start-ups’ au cours de la prochaine décennie pour qu’ils puissent créer un million d’emplois et générer USD 10 milliards en termes de revenus.

Barnabas Dlamini, Premier ministre du Swaziland : « Un alignement entre les besoins sociaux et ceux des industries »

Barnabas Dlamini, Premier ministre du Swaziland

Le Premier ministre du Swaziland, Barnabas Dlamini, a axé une bonne partie de son discours sur le déficit de compétences sur le continent. Il considère même ce sujet comme un des « composants majeurs » qui manque souvent aux discussions. Selon lui, il est impératif de s’assurer que le système éducatif produit ce que les industries recherchent pour favoriser la croissance économique. « La fondation de tout développement est la connaissance et les compétences. Il y a urgence pour redéfinir nos programmes académiques et de les aligner sur ce que recherchent les industries. Pour révolutionner l’espace de compétences des Africains, il faudrait un alignement entre les besoins sociaux et ceux des industries. Le secteur privé a, pour sa part, le potentiel de créer de l’emploi » , a expliqué Barnabas Dlamini dans son discours.

L’important, c’est de satisfaire les besoins de base de nos peuples. Ainsi, affirme Anastase Murekezi, Premier ministre du Rwanda, si nos structures économiques n’apportent pas les résultats escomptés, il faut les modifier. « Nous exportons les matières premières pour ensuite les importer à plus cher. Il faut modifier cette structure. La valeur ajoutée doit pouvoir se faire localement. Nous devons bâtir des chaînes d’opérations impliquant le gouvernement, le secteur privé, les universitaires et la société civile ; et restructurer le marché local. Nous devons donner de la valeur à nos peuples », a-t-il fait ressortir dans son allocution. Selon lui, on doit également apprendre de nos pays voisins, surtout sur nos faiblesses et comment y remédier. Il s’agit également, pour lui, d’encourager le secteur privé à investir tout en améliorant  l’environnement des affaires d’année en année.

Abdeslam Bouchouareb, ministre de l’Industrie et des Mines, Algérie  : « Le blocage qu’est l’énergie m’a frappé »

Abdeslam Bouchouareb, ministre de l’Industrie et des Mines, Algérie

Il a partagé l’expérience d’Algérie en matière d’énergie. Ce pays est en train de travailler sur son plan d’électrification à environ 4 500 mégawatts, qui sera réalisée sur la période 2016-2020. « Ce que vivent certains pays d’Afrique, nous le vivions quelques années de cela. Ce qui m’a frappé, c’est cet enjeu majeur, ce blocage que représente l’énergie. Environ 620 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité. Il faudra attendre la moitié du 22e siècle pour que la majorité d’Africains aient accès à des modes d’énergies moins polluants. L’énergie représente un enjeu majeur si on veut vraiment inscrire l’industrialisation africaine. Toutefois, cet enjeu ne peut pas être porté que par les entreprises, mais aussi l’Union africaine et les décideurs entre autres », a affirmé Abdeslam Bouchouareb, ministre de l’Industrie et des Mines d’Algérie.

Compétitivité du secteur privé africain – Création d’entreprises panafricaines

Saara Kuugongelwa, Premier ministre de la Namibie : « Créer l’environnement nécessaire pour le secteur privé »

Saara Kuugongelwa, Premier ministre de la Namibie

La croissance est là. Ce qui est requis maintenant, selon le Premier ministre de la Namibie, Saara Kuugongelwa, c’est le support à cette croissance de la part des gouvernements africains. Un secteur privé dynamique est un moteur de croissance. Pour que cette croissance se poursuive, il faut, selon elle, que le secteur public crée et développe l’environnement nécessaire pour que le secteur privé puisse évoluer et donner des résultats.

« Ce sont les entreprises africaines qui créent des emplois. Elles peuvent aussi fournir des services aux plus vulnérables si le secteur privé arrive à être partie prenante de cette croissance. Règlements inadéquats, niveau d’infrastructures faible, restrictions commerciales, barrières tarifaires, difficulté à obtenir du financement à long terme… Autant de défis à relever », fait-elle ressortir.

 

Patrick Dlamini, Chief Executive Officer de la Development Bank of Southern Africa (DBSA)

Patrick Dlamini, Chief Executive Officer de la Development Bank of Southern Africa : “Ne créons pas d’éléphant blanc”

Il a posé la question clé : quand allons-nous démarrer et faire avancer les choses ? Pour Patrick Dlamini, Chief Executive Officer de la Development Bank of Southern Africa (DBSA), sans des réformes structurelles, il ne faut pas s’attendre, par exemple, à ce que le consommateur est roi. En évoquant le dossier des Petites et moyennes entreprises (PME), il soutient que 80% de l’économie de l’Allemagne repose sur les PMEs. Au Japon, le taux se situe à  85%. « Il est temps de faire de l’espace pour nos PMEs et les rendre compétitives. Ne créons pas d’éléphant blanc. Il nous faut des législations pour promouvoir la compétitivité. Nos marchandises passent des jours aux frontières. Pour améliorer nos réseaux d’infrastructures, l’Afrique a besoin d’USD 100 millions par an. Ce qui explique le chiffre minime de 10% d’échanges commerciaux entre les pays africains. La Zambie possède ce qu’il faut pour développer des batteries et des portables. Il existe des opportunités. Quand allons-nous démarrer et faire avancer les choses ? », a fait ressortir le CEO de DBSA.

Prof Fulbert Amoussouga Gero de l’Université d’Abomey-Calavi du Bénin :  « L’enseignement des sciences ne constitue pas une véritable préoccupation »

Prof Fulbert Amoussouga Gero de l’Université d’Abomey-Calavi du Bénin

Les pays africains ont connu des taux de croissance élevés au cours des dix dernières années, mais ces taux n’ont pas impacté sur l’industrie et les populations. D’autre part, fait ressortir le professeur Fulbert Amoussouga Gero, transformer notre économie nous amène à régler le problème d’ouverture : « Tout le monde sait que les économies africaines comportent souvent un secteur informel hypertrophié, et un secteur moderne qui, la plupart du temps, se trouve être tourné vers l’exportation des matières premières. Cela indique qu’on doit mettre sur pied des stratégies appropriées ».

Autre défi qui mine la croissance : le problème de transfert des technologies, qui renvoie à un autre problème qui, à son tour, le renvoie au système éducatif : « L’Afrique se confine généralement à l’exportation des matières premières. Or, lorsque nous regardons également les droits des propriétés, non pas seulement sous forme de terres, mais aussi de brevets et d’innovations, nous constatons qu’il y en a très peu. Un pays qui n’a pas de brevets nous dit que son système d’enseignement supérieur n’a pas été formé suffisamment pour pouvoir faire des innovations. Cela est dû au fait que l’enseignement des sciences ne constitue pas une véritable préoccupation de nos universités. Ce qui fait que les universités sont hypertrophiées dans le domaine social ; alors que le domaine scientifique, qui doit apporter le développement, est faiblement développé. Ou, dans les meilleurs des cas où ce domaine est développé, le destin réservé aux scientifiques, c’est l’enseignement dans l’arrière-cour. Nous pouvons enlever ces contraintes pour transformer nos économies. »

Il s’agit également, pour l’ensemble du continent, de combattre l’ensemble de lourdeurs qui pèsent sur les coutumes et qui empêchent d’avoir recours à des innovations.

Les mots de la fin : la formation de la jeunesse

Au milieu, M. Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’UA

Le nouveau président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a pris la parole pour la séance de clôture de l’African Economic Platform 2017. Il a soutenu que l’AEP a pris forme, et il y a lieu de s’en réjouir. Ce qu’il retient de ces deux jours de conférence, c’est la responsabilité primaire qui revient au gouvernement de créer les conditions et faciliter la tâche du monde des affaires. « Il faut de l’action. Le mal est identifié. Les remèdes sont plus ou moins connus, ainsi que les médecins que sont le gouvernement, la diaspora, le monde des affaires, la société civile… Nous avons les moyens de franchir ces étapes et d’établir l’Afrique que nous voulons. Quand on mobilise la jeunesse, on a la clé. Il faut lui donner la formation et l’encadrement nécessaire. C’est ça la démarche, l’enjeu. Le temps des discours est passé. Il faut agir et vite », a-t-il affimé avec force dans son allocution de clôture.

Quant au Premier ministre, Pravind Jugnauth, il a exprimé son souhait que Maurice ait de nouveau l’honneur d’accueillir la deuxième édition de l’African Economic Platform, l’année prochaine, dans le cadre du 50e anniversaire de notre Indépendance.

 

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